François Bégaudeau (dir.), « La Politique par le sport », Paris, Denoël, 2009, 189 p.

20 août 2011

Les auteurs

La Politique par le sport est un ouvrage collectif dont la publication a été dirigée par François Bégaudeau (auteur de Jouer juste). Il rassemble les contributions d’une douzaine de jeunes auteurs français.

 

Le livre

La Politique par le sport se compose d’une centaine de textes qui abordent les rapports entre la politique et le sport de manière le plus souvent ironique. Malgré ce que certains titres de chapitres pourraient laisser penser (« La géopolitique par le sport », p. 89-97), on n’a pas affaire ici à une étude systématique et théorique des liens entre le sport et la politique, il s’agit plutôt, pour les auteurs, de s’appuyer sur leurs souvenirs ou leur expérience personnelle de la pratique d’un sport pour rédiger des textes brefs et évocateurs, finalement assez proches et très complémentaires de ceux qu’on peut trouver dans le recueil de Philip Delerm publié deux ans plus tôt (La Tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives). Sans surprise, le football se taille la part du lion, mais le rugby, le basket, le tennis, le cyclisme et même le patinage artistique sont évoqués, ainsi que des thèmes transversaux comme le dopage ou l’esprit olympique. Certains textes se référant au contexte politique des années 2007-2009 ou aux jeux olympiques de Pékin ont déjà un peu vieilli, mais d’autres sont vraiment intéressants, notamment ceux de François Bégaudeau sur le football et ceux de Thierry Saunier sur le rugby. Malgré l’abondance des références à l’histoire du sport et de la politique, l’ensemble du recueil se lit assez facilement et fournit de nombreuses pistes de réflexion par rapport aux problématiques évoquées dans le Bulletin officiel. On peut donc en recommander la lecture intégrale ou, à défaut, celle de l’introduction de F. Bégaudeau.

Un extrait :

« Le goal n’est donc pas par essence psychologiquement individualiste, mais la chorégraphie liée à sa fonction crée une sorte d’individualisme objectif, en l’assignant à un contretemps structurel. Physiquement, d’abord : entouré d’athlètes obnubilés par la récupération de leurs forces, alors que lui pourrait tranquillou jouer trois matchs de suite. Dans la hiérarchie de ses préoccupations, ensuite : premier responsable dans la zone de vérité que délimite sa surface de réparation, le goal aura tendance à évaluer un match en borgne, c’est-à-dire en ne considérant que ce qui s’est passé dans son environnement proche (comme du reste le fait un buteur, symétriquement). En pupille, notre goal s’appelait Jacques. Pas méchant, coupe au bol et capable de vous laisser finir sa canette d’Orangina. Mais alors sportivement, c’est simple, il ne pensait qu’à sa gueule. On pouvait prendre ou mettre une raclée, seule l’intéressait sa performance individuelle » (F. Bégaudeau, « Le goal est-il miné par l’individualisme bourgeois ? », p. 170-171).

 

Lisibilité : 10/20

Utilité : 12/20

 

Nicolas Padiou

 

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La coupe du monde des sans abri

18 août 2011

La coupe du monde de football des sans abri 2011 se déroulera à Paris, au Champ de Mars, du 22 au 28 août 2011.

Cette compétition sponsorisée par Nike est promue par Eric Cantona :  

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Rires sans tabous

17 août 2011

L’Echo des savanes est un mensuel de bande dessinée satirique. Son numéro d’août 2011 consacre un dossier spécial au thème suivant : « Sexe, religion, politique… Rires sans tabous ». En plus d’un éditorial revendiquant le droit de rire de tout et de n’importe quoi (à lire ci-dessous), ce dossier se compose de trente pages. On  y trouve des histoires de Vuillemin effectivement au-delà du mauvais goût, une trentaine d’histoires plus ou moins drôles (selon les goûts de chacun…), un recueil des unes les plus grinçantes d’Hara Kiri et de Charlie Hebdo, une brève interview d’André Santini sur le prix de l’humour politique et un article de Simon Léon intitulé « Humoriste, c’est un métier forcément dangereux et qui a coûté cher à quelques-uns… », article qui récapitule les déboires de Coluche, Patrick Timsit, Didier Porte, Stéphane Guillon, Bigard et Dieudonné face à la censure…

L’éditorial de Claude Maggiori : « Blaguer sans contraintes. Rire sans tabous. Un rêve, aujourd’hui où tout est surveillé, contrôlé, balisé, humoristiquement correct. Où, après la police de la pensée, on a vu se créer une gendarmerie de la rigolade. Qui guette le moindre bon mot suspect, la blague grivoise sexiste, le sketch pas vraiment moralement impeccable… La blague n’est pas une prise de position politique, pas un programme de gouvernement, ni un manifeste idéologique, juste un trait d’humour. Parfois gras, parfois gros, ou gonflé, ou énorme, salé ou salace, parfois bête et méchant, vulgaire ou de mauvaise foi… C’est d’ailleurs souvent ça qui est drôle : l’audace du trait, la surprise de la repartie. Il y a une vraie différence entre un ministre de l’Intérieur, censé être politiquement responsable et moralement exemplaire, qui fait une ‘blague sur les Auvergnats’ et un humoriste qui plaisante sur les Belges, les musulmans, les gros, ou qui en balance une bien bonne sur les mongoliens. Fichez-nous la paix et laissez-nous rire de tout ! Nous réclamons le droit à l’insolence, à la satire, à la vulgarité, à la grivoiserie… L’humour, c’est un moment de liberté. Et on y tient ! »

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Victor Hugo, « L’Homme qui rit », Paris, Gallimard Folio classique, [1869] 2002, 831 p.

16 août 2011

L’auteur

Né en 1802, mort en 1885, Victor Hugo est l’un des plus célèbres poètes et romanciers français du XIXe siècle.

 

L’oeuvre

Victor Hugo fait paraître L’Homme qui rit en 1869, alors qu’il est déjà très connu pour Notre-Dame de Paris (1831) et Les Misérables (1862), mais aussi pour son opposition au régime de Napoléon III (1852-1870). L’Homme qui rit est un roman historique qui se déroule en Angleterre, au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles. Il raconte la vie tourmentée d’un jeune noble anglais (Lord Clancharlie) arraché à sa famille par des voleurs d’enfants qui  le rebaptisent Gwynplaine et le défigurent volontairement pour en faire un phénomène de foire. Devenu adulte, Gwynplaine a l’opportunité de retrouver son statut social, mais, par solidarité avec les pauvres au milieu desquels il a grandi, il préfère garder son ancien mode de vie.

 

Le rapport avec le programme de BTS

Malgré son titre, L’Homme qui rit, n’apparaît pas comme une lecture indispensable pour le programme de BTS. Le livre est très imposant (710 pages sans les notes dans l’édition Folio classique). Il est intéressant mais très difficile à aborder : pour bien l’apprécier, il faudrait connaître aussi bien le contexte de l’Angleterre des années 1700 que celui de la France de la fin des années 1860 à laquelle V. Hugo fait indirectement référence. Enfin, il ne contient que quelques réflexions éparses sur le rire et non une véritable théorie du rire, comme on aurait pu l’attendre d’après le titre. Il n’est pas inutile de lire L’Homme qui rit pour enrichir sa culture générale, mais cela n’apparaît vraiment pas comme une priorité dans la perspective de l’examen du BTS : il semble, en effet, presque impossible, même pour quelqu’un qui aurait lu le livre, de le citer pertinemment dans l’écriture personnelle. Quant à la synthèse, on ne peut exclure qu’elle contienne un extrait de L’Homme qui rit, mais on peut tout à fait s’y préparer en lisant les différentes anthologies de textes concernant le programme de BTS (L’Homme qui rit apparaît par exemple dans l’anthologie Flammarion Rire : pour quoi faire ?, p. 67-69).  

 

Quelques extraits

« Il ne souriait pas, nous l’avons dit, mais il riait ; parfois, fréquemment même ; d’un rire amer. Il y a du consentement dans le sourire, tandis que le rire est souvent un refus » (p. 77). Cette description s’applique à Ursus, l’homme qui recueille Gwynplaine dans son enfance, la deuxième phrase pourrait constituer un sujet (difficile à traiter) pour l’écriture personnelle.

« C’est en riant que Gwynplaine faisait rire. Et pourtant, il ne riait pas. Sa face riait, sa pensée non. L’espèce de visage inouï que le hasard ou une industrie bizarrement spéciale lui avait façonné, riait tout seul. Gwynplaine ne s’en mêlait pas. Le dehors ne dépendait pas du dedans. Ce rire qu’il n’avait point mis sur son front, sur ses joues, sur ses sourcils, sur sa bouche, il ne pouvait l’en ôter. On lui avait à jamais appliqué le rire sur le visage. C’était un rire automatique et d’autant plus irrésistible qu’il était pétrifié. Personne ne se dérobait à ce rictus. Deux convulsions de la bouche sont communicatives, le rire et le bâillement. Par la vertu de la mystérieuse opération probablement subie par Gwynplaine enfant, toutes les parties de son visage contribuaient à ce rictus, toute sa physionomie y aboutissait, comme une roue se concentre sur le moyeu ; toutes ses émotions, quelle qu’elles fussent, augmentaient cette étrange figure de joie, disons mieux, l’aggravaient. Un étonnement qu’il aurait eu, une souffrance qu’il aurait ressentie, une colère qui lui serait survenue, une pitié qu’il aurait éprouvée, n’eussent fait qu’accroître cette hilarité des muscles ; s’il eût pleuré, il eût ri ; et, quoi que fît Gwynplaine, quoi qu’il voulût, quoi qu’il pensât, dès qu’il levait la tête, la foule, si la foule était là, avait devant les yeux cette apparition : l’éclat de rire foudroyant » (p. 351).

« De toutes les laves que jette la bouche humaine, ce cratère, la plus corrosive, c’est la joie. Faire du mal joyeusement, aucune foule ne résiste à cette contagion » (p. 702) : cette phrase conclut un épisode au cours duquel Gwynplaine s’attire les moqueries des nobles pour avoir essayé de défendre les pauvres, on peut la rapprocher d’une des problématiques évoquées par le Bulletin officiel : « Du rire collectif au rire d’exclusion ».

Lisibilité : 2/20

Utilité : 5/20

Nicolas Padiou

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Une quasi professionalisation très précoce des jeunes prodiges du football : le cas de Leonel Angel Coira

13 août 2011

Football : le Real recrute un prodige de sept ans

Henri Bergson, « Le Rire », Paris, Presses universitaires de France, [1899] 2010, 359 p.

7 août 2011

L’auteur

Henri Bergson est un philosophe français, né en 1859 et mort en 1941. Il est l’auteur d’une dizaine de livres qui ont connu un grand succès pendant la première moitié du XXe siècle.

 

L’oeuvre

Le Rire, sous-titré Essai sur la signification du comique, est publié en 1899. Il se compose de trois chapitres qui correspondent, en fait, à trois articles précédemment publiés par Bergson. Le premier chapitre concerne « Le comique en général. Le comique des formes et le comique des mouvements. Force d’expansion du comique ». Le deuxième chapitre porte sur « Le comique de situation et le comique de mots ». Quant au troisième chapitre, il aborde « Le comique de caractère ». Ces trois chapitres ne représentent en fait que 160 p. de l’édition des Presses universitaires de France, les deux cents pages restantes se composant de notes et de commentaires de l’éditeur du texte.

 

Le rapport avec le programme de BTS

Ce livre ne fait pas partie de la bibliographie donnée à titre indicatif par le Bulletin officiel. Par ailleurs, il n’est pas très facile à lire : le style de Bergson ne pose pas de problèmes majeurs, mais sa démarche est parfois difficile à saisir et les références culturelles auxquelles il a recours risquent de s’avérer trop allusives pour le lecteur contemporain moyen (il considère par exemple que la trame des pièces de Molière est connue du lecteur). Cependant, il paraît vraiment utile de lire cet ouvrage : il est relativement court, lisible sans trop de difficultés et se situe au coeur du sujet abordé par le programme de BTS. Il est, en outre, gratuitement téléchargeable sur Internet (notamment à l’adresse suivante : http://classiques.uqac.ca/classiques/bergson_henri/le_rire/le_rire.html). Il est tout à fait possible qu’un extrait de ce texte figure dans le corpus de la synthèse. Et, il est par ailleurs possible, pour montrer l’importance du rire comme thème de réflexion philosophique, de faire référence à Bergson et à son livre dans l’introduction de votre synthèse et, surtout, dans celle de votre écriture personnelle (même si c’est un peu banal, rien n’interdit de commencer votre introduction par une phrase du type « Le rire a toujours suscité la curiosité des écrivains et des philosophes, Bergson lui ayant même consacré l’intégralité de l’un de ses essais en 1899 [...]« ).

 

Quelques citations (qui pourraient faire l’objet d’un sujet d’écriture personnelle le jour de l’examen…)

« Il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain » (p. 2)

« Signalons maintenant, comme un symptôme non moins digne de remarque, l’insensibilité qui accompagne d’ordinaire le rire » (p. 3)

« On ne goûterait pas le comique si l’on se sentait isolé » (p. 4)

« Pour comprendre le rire, il faut le replacer dans son milieu naturel, qui est la société ; il faut surtout en déterminer la fonction utile, qui est une fonction sociale » (p. 6)

Le rire : « Du mécanique plaqué sur du vivant » (p. 29)

« nous ne sommes risibles que par le côté de notre personne qui se dérobe à notre conscience » (p. 129).

 

Lisibilité : 8/20 

Utilité : 16/20

 

 

Nicolas Padiou

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Le sport vu par la cartothèque de Sciences po

27 juillet 2011

Le film de Clint Eastwood Invictus laisse penser que, en Afrique du Sud, du temps de l’appartheid, le football était l’affaire des Noirs et le rugby le domaine réservé des Blancs. Un chronologie élaborée par la cartothèque de Science po permet de constater que cette vision est un peu trop simple : http://cartographie.sciences-po.fr/cartotheque/08_REPERES_frise_afrique_du_sud_COURT.jpg 

De nombreux footballeurs africains jouent dans des clubs européens (notamment en France et en Belgique) : http://cartographie.sciences-po.fr/cartotheque/07_europe_expat_africains.jpg. Ces joueurs sont essentiellement issus d’Afrique de l’Ouest : http://cartographie.sciences-po.fr/cartotheque/02_03_04_joueurs_foot_afrique3.jpg. L’itinéraire d’un joueur nigérian symbolique de ce phénomène : http://cartographie.sciences-po.fr/cartotheque/06_trajectoire_john_utaka.jpg. Le championnat professionnel allemand recrute beaucoup de joueurs en Europe de l’Est et au Brésil, les championnats italien et espagnol privilégient les Sud-américains (Argentins et Brésiliens), le championnat français fait venir beaucoup de joueurs du Brésil et d’Afrique de l’Ouest, quant au championnat britannique, il importe beaucoup de joueurs de France : http://cartographie.sciences-po.fr/cartotheque/01_transfert_football.jpg.

C’est l’Asie qui compte le plus grand nombre de footballeurs et c’est en Amérique du Nord que le pourcentage de footballeurs dans la population est le plus élevé : http://cartographie.sciences-po.fr/cartotheque/11_REPERES_big_count_2006.jpg. Un autre document indique cependant que l’Europe compte plus de licenciés que tous les autres continents réunis : http://cartographie.sciences-po.fr/cartotheque/07_joueurs_foot_continents.jpg. C’est en fait en Allemagne et aux Etats-Unis que les licenciés sont les plus nombreux : http://cartographie.sciences-po.fr/cartotheque/08_licencies_foot_pays.jpg.

Le cyclisme, un sport essentiellement franco-italo-belge : http://cartographie.sciences-po.fr/cartotheque/13_internationalisation_velo.jpg

Roland Barthes, « Mythologies », Paris, Points essais, 1970, 234 p.

24 juillet 2011

L’auteur

Roland Barthes est un écrivain français, né en 1915 et mort en 1980. Il a rédigé de très nombreux livres sur la philosophie et la littérature.

 

L’oeuvre

Les Mythologies sont un des ouvrages les plus célèbres de Barthes. Elles ont été publiées en 1957 et rééditées en 1970. Il s’agit d’un recueil d’une cinquantaine de courtes chroniques inspirées par la mode et l’évolution des mentalités en France pendant l’après-guerre. Parmi ces textes, deux concernent le sport. Le premier texte, qui est aussi l’un des plus longs, est intitulé « Le monde où l’on catche » (p. 13-23) le second porte pour titre « Le tour de France comme épopée » (p. 103-113).

 

Le rapport avec le programme de BTS

Roland Barthes est probablement l’auteur dont le nom revient le plus souvent, ces dernières années, dans les bibliographies de l’épreuve de culture générale et expression du BTS : ses Fragments du discours amoureux faisaient partie de la bibliographie du thème « Le détour » (2008-2010), les Mythologies ayant quant à elles été cités dans les textes officiels concernant les thèmes « Faire voir « (2007-2009) et  »Génération(s) » (2009-2011), puis, dernièrement, pour le thème « Le sport, miroir de notre société » (2010-2012). Il y a toutes les chances pour que, un jour ou l’autre, un texte de Barthes soit effectivement choisi pour le corpus de documents faisant l’objet de l’épreuve de synthèse au BTS. Dans cette perspective, il peut être très important d’avoir lu les deux textes des Mythologies concernant le sport, d’autant plus important que ces textes abordent des sujets banals, mais en recourant à un vocabulaire assez sophistiqué qui pourrait poser certains problèmes de compréhension. La difficulté de lecture pourrait naître de ce que Barthes adopte une démarche à la fois littéraire et sociologique pour analyser les mythes modernes en train de se créer à l’époque où il écrit (la DS de Citroën, les savons et détergents qui lavent toujours plus blanc, le ‘bifteck-frites’ comme un incontournable de la cuisine populaire française, etc.).  Comme ces mythes ont un peu passé de mode, il apparaît difficile de citer Barthes pour l’épreuve d’écriture personnelle, mais il peut être utile de lire ces textes (en tout une vingtaine de pages), même s’ils ne sont pas très accessibles, au cas où l’un d’entre eux figurerait donc dans le corpus de l’épreuve de synthèse.

 

Deux extraits :  

 

A propos du catch, Barthes affirme : « Le mal étant le climat naturel du catch, le combat régulier prend surtout une valeur d’exception ; l’usager s’en étonne, et le salue au passage comme un retour anachronique et un peu sentimental à la tradition sportive (‘ils sont drôlement réguliers, ceux-là’) ; il se sent tout d’un coup ému devant la bonté générale du monde, mais mourrait sans doute d’ennui et d’indifférence si les catcheurs ne retournaient bien vite à l’orgie des mauvais sentiments, qui font seuls du bon catch. Extrapolé, le catch régulier ne pourrait conduire qu’à la boxe ou au judo, alors que le catch véritable tient son originalité de tous les excès qui en font un spectacle et non un sport » (p. 21). Concernant le tour de France, il pointe les formules toutes-faites qui constituent le fond des commentaires journalistiques : « Le coureur trouve dans la Nature un milieu animé avec lequel il entretient des échanges de nutrition e de sujétion. Telle étape maritime (Le Havre-Dieppe) sera ‘iodée’, apportera à la course énergie et couleur ; telle autre (le Nord), faite de routes pavées, constituera une nourriture opaque, anguleuse : elle sera littéralement ’dure à avaler’ ; telle autre encore (Briançon-Monaco), schisteuse, préhistorique, engluera le coureur. Toutes posent un problème d’assimilation, toutes sont réduites par un mouvement proprement poétique à leur substance profonde, et devant chacune d’elles, le coureur cherche obscurément à se définir comme un homme total aux prises avec une Nature-substance, et non plus avec une Nature-objet. Ce sont donc les mouvements d’approche de la substance qui importent : le coureur est toujours représenté en état d’immersion et non pas en état de course : il plonge, il traverse, il vole, il adhère, c’est son lieu au sol qui le définit, souvent dans l’angoisse et dans l’apocalypse (l’effrayante plongée sur Monte-Carlo, le jeu de l’Esterel) ».

 

 

Lisibilité : 6/20

Utilité : 14/20

 

 

Nicolas Padiou

 

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Nick Hornby, « Carton jaune », Paris, Plon, [1992] 1998, 286 p.

23 juillet 2011

L’auteur

Nick Hornby est un romancier anglais, né en 1957. Il est notamment l’auteur de High fidelity (1995) et About a boy (1998), tous les deux adaptés au cinéma.

 

L’oeuvre

Alors que Football factory raconte les aventures d’un supporter de Chelsea constamment sous l’emprise de l’alcool et extrêmement violent, Carton jaune est nettement plus reposant : il s’attache à un supporter fanatique mais très pacifique d’un autre club de football londonien, celui d’Arsenal. Il s’agit, comme dans tous les romans de Nick Hornby, d’une oeuvre autobiographique : c’est, en fait, de son propre rapport à Arsenal que l’auteur va nous parler (de la même manière qu’il évoquait dans High fidelity, son obsession personnelle de la musique rock). A travers de brefs comptes-rendus de matchs inextricablement mêlés à la vie personnelle de l’auteur, on suit en fait la biographie de Nick Hornby mais aussi les hauts et les bas des « gunners » d’Arsenal de 1968 à 1992 ainsi que quelques matchs de l’équipe nationale anglaise. L’originalité du livre réside dans la croyance de l’auteur à l’influence de son destin sur celui de son club favori (et réciproquement) : il espère qu’une victoire d’Arsenal va lui permettre de décrocher un véritable travail ou de trouver une petite amie et il estime, parallèlement et de manière tout aussi irrationnelle, pouvoir aider son équipe à gagner en respectant un certain nombre de rituels.

 

Le rapport avec le programme de BTS

Carton jaune fait partie de la bibliographie officielle du programme de BTS. La peinture du milieu des supporters de foot londoniens est moins sombre chez Hornby que que chez John King (l’auteur de Football factory), mais elle est peut-être encore plus anecdotique. L’oeuvre nous en apprend, en fait, beaucoup plus sur les obesssions bizarres de Nick Hornby que sur le rapport des Anglais au sport professionnel : elle est assez distrayante à lire, mais pas très riche d’informations. On pourrait cependant envisager de la citer (en l’opposant éventuellement à celle de John King), dans l’épreuve d’écriture personnelle du BTS.

 

Un extrait

En de rares occasions, Nick Hornby délaisse son sujet de prédilection (Nick Hornby lui-même) et prend un peu de hauteur pour livrer à son lecteur quelques considérations d’ordre général sur l’évolution du football. On peut par exemple citer, p. 39 : « La coupe du Monde au Mexique en 1970 révolutionna la consommation du football. le foot avait toujours été un sport universel, dans le sens où le monde entier y jouait et le regardait ; mais quand le Brésil gagna la Coupe du Monde en 1962, la télévision était encore un luxe pour la plupart (et de toute manière, la technologie nécessaire pour restransmettre en direct un match disputé à l’autre bout du monde n’existait pas encore), et en 1966 les équipes sud-américaines passèrent au travers. [...] De fait, le Mundial 1970 fut la première confrontation majeure entre l’Europe et l’Amérique du Sud dont le monde entier fut témoin ».

 

Lisibilité : 12/20

Utilité :  6/20

 

Nicolas Padiou

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Philippe Delerm, « La Tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives », Paris, Folio, 2007, 140 p.

22 juillet 2011

L’auteur

Philippe Delerm est un auteur français né en 1950. Il est surtout célèbre pour son recueil de poèmes en prose La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, publié en 1997.

 

L’oeuvre

La Tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives est un court recueil d’une cinquantaine de textes eux-mêmes très courts (en général deux à trois pages). Le texte éponyme évoque la tranchée pavée d’Arenberg, longue de 2,5 km et qui s’apparente pour les coureurs cyclistes du Paris-Roubaix à un véritable enfer, notamment en cas de pluie. Les autres textes sont consacrés aux sports les plus divers : « Ils connaissent le film » (p. 25-27) s’attache au véritable « cinéma » des joueurs de tennis de Roland Garros en cas de balle litigieuse, « Passing-shot » décrit un coup imparable au tennis (p. 83-84), « Elles portent des noms slaves… » (p. 53-54) revient sur la technique de saut en hauteur inventée par Dick Fosbury, « Au départ d’la balle » (p. 31-32) révèle le spécialiste de l’arbitrage du hors-jeu qui existe en chaque spectateur d’un match de football, « On la tente » (p. 43-45) confronte le lecteur à la solitude du talonneur de rugby au moment de tenter une pénalité et « Quitter l’enfance » (p. 35-37) s’intéresse à un sport aussi  peu médiatique que le curling féminin.

 

Le rapport avec le programme de BTS

Le livre fait partie de la bibliographie du Bulletin officiel concernant le BTS. Il est court et écrit dans un style assez accessible. Les textes abordent des sports très différents de manière très vivante. Notons cependant que les références de Philippe Delerm sont un peu datées : la plupart des records mythiques ou des sportifs célèbres auxquels il s’attache remontent aux années 1960-1980 et risquent donc de ne pas être très évocateurs pour des lecteurs beaucoup plus jeunes. A titre d’exemple, les contestations de services douteux à Roland Garros ont pratiquement disparu depuis l’introduction de la vidéo qui permet à coup sûr de savoir si une balle est d’un côté ou de l’autre de la ligne. On peut cependant recommander la lecture de ce livre plus abordable que la plupart de ceux mentionnés par le Bulletin officiel, bien qu’il paraisse par ailleurs difficile de le citer dans l’épreuve d’écriture personnelle.

Un extrait

Un court extrait du texte intitulé « Héroïsme pendulaire », consacré à l’athlétisme (p. 33-34) : « L’un a franchi 8 mètres en longueur, un autre a couru le 400 mètres en 46 secondes, un troisième a sauté 5,40 mètres à la perche. Mais les voilà réunis à présent près de la ligne de départ du 1 500 mètres. L’ultime épreuve, le sommet du décathlon. C’est là que va se dérouler la pièce, dans la scène où ils sont tous les plus humbles, les plus faibles. Leur façon de se congratuler avant le départ installe déjà une atmosphère atypique, légèrement pagailleuse, comme si l’éthique de leur discipline effaçait les solitudes rectilignes, comme si des ondes chaleureuses pouvaient suspendre et relativiser l’idée d’un classement ».  

 

Lisibilité : 12/20

Utilité : 10/20

Nicolas Padiou

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