« Caché », « Funny games US » et « Le Ruban blanc »

10 juillet 2017

Le réalisateur autrichien Michael Haneke (né en 1942) a tourné des films qui pourraient illustrer le thème du basculement de l’ordinaire vers l’extraordinaire. Dans Caché (2005), un couple de bourgeois parisiens incarnés par Daniel Auteuil et Juliette Binoche voit son quotidien très tranquille perturbé par d’étranges messages anonymes qui se font de plus en plus menaçants ; le mari est conduit à se replonger dans son enfance en province, apparemment marquée par un traumatisme longtemps enfoui… Dans Funny Games US (2007), Haneke réalise le remake américain d’un de ses films tournés en Autriche dix ans plus tôt : une famille idéale de la upper middle class est confrontée à un déchaînement soudain d’ultra-violence qui remet en cause toutes les certitudes sur lesquelles elle reposait. Enfin, dans Le Ruban blanc (palme d’or à Cannes en 2009), c’est un petit village d’Allemagne qui se retrouve au début des années 1910 confronté à de mystérieux crimes frappant ceux qui s’en prennent aux enfants… Haneke excelle à décrire le quotidien dans ce qu’il peut avoir de plus banal avant d’en souligner l’inquiétante étrangeté, confrontant finalement ses personnages à leurs secrets ou leurs pulsions les plus inavouables. Une œuvre  riche à aborder même quand on est pas a priori amateur de cinéma d’auteur, en commençant peut-être par Funny games US, à condition toutefois d’en supporter le visionnage qui peut s’avérer assez éprouvant…

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Kraftwerk, « The Man Machine » et The Horrors, « Machine »

7 juillet 2017

Il est toujours difficile de citer des chansons dans l’écriture personnelle du BTS, mais il n’est pas interdit d’essayer…

En 1978, par exemple, le groupe allemand Kraftwerk publiait un album intitulé The man Machine qui peut s’avérer intéressant pour le nouveau thème de culture générale.

La chanson éponyme est à écouter ci-dessous :

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On peut aussi écouter, tirées du même album, The RobotsThe Model et Metropolis (inspirée par le film du même titre de Fritz Lang) : 

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Inspiré par la musique savante, par l’esthétique des artistes constructivistes russes  et des cinéastes expressionnistes allemands ainsi que par l’ambiance industrielle de leur ville d’origine de Düsseldorf, le groupe allemand est considéré comme un précurseur de toute la musique populaire électronique moderne. Il s’est aussi distingué par des concerts « robotiques » dominés, dès la fin des années 1970, par le numérique sous toutes ses formes.

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On peut aussi citer le titre Machine du groupe anglais The Horrors  (visible sur le parvis de l’Hôtel de ville de Paris pour un concert gratuit le 8 juillet 2017), titre dont la pochette est illustrée de ce qui ressemble à une prothèse cardiaque constituée de visages humains (ou une main artificielle amputée de certains doigts) et dont l’ambiance musicale rappelle Depeche Mode, très influencé à ses débuts par… Kraftwerk.

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« Duel » et « Jaws »

7 juillet 2017

Steven Spielberg est devenu un réalisateur un peu pénible, auteur de films à gros budget, souvent très poussifs. Mais, au début de sa carrière, dans les années 1970, il savait habilement et même très b brillamment susciter l’angoisse des spectateurs avec très peu de moyens, en confrontant ses personnages à l’inquiétante étrangeté du quotidien comme dans Duel, son premier film de 1971. C’est bien sûr aussi le cas avec Jaws (Les Dents de la mer), qui a terrorisé tous les vacanciers de 1975 en montrant les ravages d’un grand requin féroce dans une paisible station balnéaire…

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Corps encombrants au quotidien

7 juillet 2017

Manspreading

Décrit par une géographe spécialisée dans l’occupation de l’espace selon les genres comme une « manifestation quotidienne banalisée de la domination des uns et de l’adaptation des autres », le « manspreading » suscite l’irritation de certaines féministes : cette pratique consiste, dans l’espace public, et notamment dans les transports en commun, à écarter largement les jambes quitte à déborder de son siège sur ceux des voisins. Essentiellement masculin, cet « étalement » a aussi été surnommé le « syndrome des couilles de cristal » : préoccupés de la préservation d’attributs virils survalorisés (les « bijoux de famille » ?), les mâles, par ailleurs désireux de laisser entendre qu’ils sont bien pourvus, n’hésiteraient pas à prendre toute la place qu’ils jugent nécessaire à leur bien-être. Après New York et Madrid, Paris envisage de prendre des mesures de prévention contre ce qui pourrait aussi n’être qu’une manifestation parmi tant d’autres d’un manque élémentaire de savoir-vivre (on peut se sentir également gêné par les conversations à voix haute au téléphone qui n’ont rien de mysogine).

http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2017/07/06/comment-le-manspreading-est-devenu-un-objet-de-lutte-feministe_5156949_4832693.html

http://transports.blog.lemonde.fr/2014/10/31/campagne-contre-la-violence-masculine-dans-le-metro-parisien/

https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-moudre/sexisme-quand-yen-plus-yen-encore

Héros d’un jour

5 juillet 2017

Alors qu’il était déjà lui-même très célèbre à l’époque, Andy Warhol (1928-1987) avait affirmé, en 1968 : « In the future, everyone will be world-famous for 15 minutes ». La gloire éphémère prophétisée par Warhol apparaît plus que jamais à la portée de chacun, compte tenu notamment de l’impact des réseaux sociaux qui peuvent faire de n’importe qui le héros d’un jour. David Bowie (1947-2016), qui appréciait Warhol au point de l’incarner au cinéma, a lui aussi évoqué la possibilité d’accéder provisoirement au sentiment d’être un héros, « just for one day », dans sa célèbre chanson Heroes (1977).

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Et, bien qu’elle n’ait rien de politique, on peut aussi penser à cette chanson, enregistrée à Berlin-Ouest en pleine Guerre froide, pour évoquer les héros d’un jour ayant courageusement contribué à détruire le mur qui séparait depuis 1961 les deux parties de Berlin.

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« Délivrance » et « La Colline a des yeux »

4 juillet 2017

Le cinéma des années 1970 a beaucoup joué sur la peur suscitée par ce qui restait de foncièrement sauvage dans les marges de l’immense territoire des Etats-Unis. Les scénarios de cette époque confrontaient parfois de simples citoyens, souvent citadins, aux mœurs étranges voire déviantes des habitants des zones rurales.

Dans Délivrance (1972) de John Boorman, un groupe de quadras un peu beaufs organise ainsi une partie de chasse au fin fond de la Géorgie. Dans un premier temps, les chasseurs prennent de haut les rares habitants du secteur, apparemment tous consanguins et attardés ; mais ils comprennent petit à petit qu’ils vont devenir les proies de ces derniers…  

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Dans La Colline a des yeux de Wes Craven, sorti en 1976 et ressorti au cinéma en 2016, c’est une famille américaine des plus banales qui, à la suite d’une panne en plein désert du Nevada, se retrouve elle aussi confrontée à une nature hostile et à des autochtones effrayants…

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« L’Homme qui valait 3 milliards » et « Super Jaime »

4 juillet 2017

Au milieu des années 1970, la télévision américaine avait imaginé un héros bionique, pilote d’avion de chasse rescapé d’un crash et remis sur pied à grand coup de prothèses et de millions : il s’agissait de Steve Austin alias L’Homme qui valait trois milliards (The six million dollar man dans la version originale…). On trouvait dans cette série une définition du cyborg : « A human being whose original human parts have had to be replaced to one extent or another by machines that perform the same functions ».

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Steve Austin avait un alter ego féminin en la personne de Jaime Sommers, une joueuse de tennis victime d’un accident de parachute et elle aussi « réparée » grâce aux technologies bioniques.

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Les aventures de Super Jaime (The Bionic woman) sont tout aussi désuètes voire franchement ringardes que celles de Steve Austin, et ne peuvent s’apprécier qu’à toute petite dose et au deuxième degré, mais elles permettent de bien voir comment on envisageait l’avenir des corps artificiels il y a un peu plus d’une génération.

« La Moustache », « L’Adversaire », « A l’origine » : l’extraordinaire au cinéma

30 juin 2017

Présent dans la bibliographie du thème de l’extraordinaire pour son roman D’autres vies que la mienne, l’écrivain Emmanuel Carrère pourrait aussi y figurer pour d’autres œuvres. On lui doit en effet le film La Moustache (2005), tiré de son roman éponyme de 1986, et le scénario de L’Adversaire (2002) filmé par Nicole Garcia à partir d’un scénario qu’il a tiré de son propre livre portant le même titre paru en 2000. Le personnage principal de La Moustache, incarné par Vincent Lindon, décide du jour au lendemain de se raser la moustache, décision banale mais aux conséquences bien visibles ; et pourtant, personne dans son entourage ne remarque ce changement, ses collègues et ses proches vont même jusqu’à nier qu’il ait jamais porté une moustache, ce qui le fait naturellement douter de son propre bon sens… Dans L’Adversaire, le personnage inspiré de Jean-Claude Roman et incarné par Daniel Auteuil apparaît comme un époux, un père, un gendre et un fils idéal… tout en menant une double vie qui le plonge dans des contradictions de plus en plus difficiles à supporter.

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On retrouve François Cluzet, qui joue dans L’Adversaire, dans un autre film évoquant une imposture. Dans A l’origine, de Xavier Giannolli (2009), il incarne un professionnel du BTP chargé de grands travaux dans une région déshéritée, professionnel très efficace mais qui s’avère rapidement ne pas tout faire dans les règles et ne pas disposer de toutes les autorisations ni de tous les fonds nécessaires pour mener les travaux entrepris…

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Le corps à la une

30 juin 2017

Le corps fait souvent la une de la presse. Il y a quelques années, le National Geographic consacrait un numéro au corps. On peut en ce moment trouver dans les kiosques au moins deux numéros spéciaux consacrés au corps (Les Mystères de la science et Sciences et univers).

Corps humain

Corps sciences

National Geographic

Extraordinaire faits divers : l’affaire Grégory

30 juin 2017

L’affaire dite « du Petit Grégory » a, selon l’expression consacrée, véritablement défrayé la chronique pendant une dizaine d’années à partir de 1984, rompant dans la vallée vosgienne de la Vologne avec un quotidien apparemment paisible. Cet extraordinaire fait divers a déclenché une course au sensationnalisme de la part des journalistes, ce qui a encore ajouté à la grande confusion régnant sur toute l’affaire. Plus de trente ans après les événements, il semblerait qu’on s’approche enfin de la vérité, grâce aux progrès des techniques d’investigation et à de nouveaux témoignages. Entre-temps, cependant, la vie paisible avait apparemment repris dans la vallée de la Vologne… L’ensemble de cette histoire dépasse ce que des scénaristes de fiction auraient pu imaginer et prouve que le banal dans ce qu’il a de plus mesquin peut conduire à l’extraordinaire dans ce qu’il a de plus négatif, c’est-à-dire un infanticide planifié, intervenant au terme d’années de menaces anonymes téléphoniques…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Gr%C3%A9gory#2002-2007_:_l.27.C3.89tat_condamn.C3.A9

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