Maylis de Kerangal, « Réparer les vivants », 2014 : un roman à ne pas emmener sur la plage cet été

21 juillet 2017

Maylis de Kerangal a publié en 2014 un roman intitulé Réparer les vivants. Il y est question de Simon, un jeune garçon plongé dans un coma végétatif incurable après un dramatique accident de voiture. Bien que son corps apparaisse intact, il est cliniquement mort. Le médecin en charge de son cas doit annoncer le décès aux parents et leur demander s’ils accepteraient que les organes de leur fils soient donnés à des malades en attente de greffe…

Ce roman a reçu de très nombreux prix, non sans raison : l’auteur adopte une démarche romanesque et donne par de nombreux petits détails une vraie personnalité à tous les personnages de son livre, et elle nous en apprend par ailleurs beaucoup sur le don d’organe, non seulement d’un point de vue technique mais aussi éthique.

On doit cependant signaler que Réparer les vivants est un livre exigeant. Les nombreuses retranscriptions de dialogues sont par exemple toutes faites dans un style direct très libre qui peut désarçonner le lecteur. Certains passages confinent par ailleurs à la prose poétique. On a donc pratiquement besoin de quelques pages, à chaque fois qu’on reprend le livre, pour s’adapter à un mélange aussi inhabituel. Le mieux serait donc de lire Réparer les vivants d’une traite, de s’y plonger complètement, mais le ton du livre s’y prête mal : d’accident en transplantation, le livre oscille entre drame et pathos, à peine adoucis par quelques touches de mélancolie qui paraissent comparativement presque revigorantes.

On est  donc aussi loin que possible de Grey’s anatomy, et pas non plus dans la même démarche que celle de Patients,  le roman autobiographique plein d’humour de Grand corps malade sur un sujet pourtant presque aussi tragique. On ne saurait donc, globalement, recommander la lecture de Réparer les vivants qu’aux élèves qui lisent beaucoup. Et à ceux qui ne reculent pas devant les œuvres dramatiques. Très dramatiques.

Kerangal

Le Golem, une extraordinaire créature artificielle

14 juillet 2017

On peut voir jusqu’au 16 juillet, au musée d’art et d’histoire du judaïsme une très bonne exposition consacrée au Golem. D’après le folklore pragois du dix-neuvième siècle, le Golem est un être mythique, créé à la Renaissance par un rabbin de Prague afin d’accomplir tous ses souhaits mais ayant finalement échappé au contrôle de son créateur, poussant ce dernier à le faire disparaître. On peut trouver en Adam, le premier homme de la Bible, une préfiguration du Golem, comme lui créé à partir d’argile. On trouve aussi des traces de créatures équivalentes dans les textes magiques juifs du Moyen Âge. Mais c’est à partir du vingtième siècle que le Golem devient une figure très populaire : l’auteur pragois germanophone Gustav Meyrink (1868-1932) en fait le personnage principal de son roman fantastique éponyme de 1915, Le Golem, ouvrant la voie à de nombreux auteurs qui vont adapter son œuvre, au théâtre et au cinéma (les expressionnistes allemands des années 1920 et les réalisateurs tchécoslovaques à partie de 1945 notamment). Parallèlement, le Golem devient une sorte d’idole populaire des communautés juives d’Europe de l’Est régulièrement victimes de pogroms dans l’empire russe et, un peu plus tard, des persécutions antisémites nazies. Les auteurs des premiers comics américains, souvent issus de ces communautés juives persécutées, perpétuent pendant et après la Deuxième Guerre mondiale l’image du Golem comme un dangereux redresseur de torts alors qu’entretemps les auteurs allemands et tchèques en ont quant à eux fait un précurseur des premiers robots, repris en cela par les pionniers de la robotique aux États-Unis et au Japon. L’exposition est donc très riche et le site Internet fournit de nombreuses ressources pour prolonger la réflexion sur l’extraordinaire corps artificiel du Golem… On y trouve entre autres des fiches sur les films dont des extraits sont présentés dans l’exposition, un dossier pédagogique et un copieux dossier de presse qui peuvent tous servir à étudier le nouveau thème de culture générale du BTS.

https://www.mahj.org/fr/programme/golem-avatars-d-une-legende-d-argile-4780

https://www.mahj.org/sites/mahj.org/files/golem_dp.pdf

https://www.mahj.org/sites/mahj.org/files/dossier_presse_golem.pdf

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Photo du film allemand de 1920 de Paul Wegener, « Le Golem, comment il vint au monde ».

« 1984 », « La Vie des autres » et « Brazil »

13 juillet 2017

L’écrivain britannique George Orwell (1903-1950) a publié, en 1948, un roman d’anticipation intitulé 1984. En se fondant sur sa connaissance des régimes nazi et soviétique, Orwell imaginait un monde futur entièrement livré à l’arbitraire totalitaire d’un parti omniprésent, dirigé par le dictateur « Big Brother ». Dans ce type de régime, le moindre faux-pas peut conduire à la mort, à trahir ses convictions ou à dénoncer ses proches.

Orwell

Dans La Vie des autres, très bon film allemand de 2006, on suit un officier de la police politique d’Allemagne de l’Est qui est justement chargé, par ce régime totalitaire, de l’espionnage au quotidien de potentiels dissidents. Mais l’espion se prend de passion pour les personnes qu’il surveille, ces « autres » dont la vie est tellement plus intéressante que la sienne. L’héroïne du film se retrouve quant à elle un peu dans la même situation que celle de 1984, obligée de choisir entre la survie d’une part et, d’autre part, la fidélité à ses convictions et à l’homme qu’elle aime.

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Dans Brazil, film anglais de 1985 plus directement inspiré de l’œuvre d’Orwell, c’est un simple employé de bureau incarné par Robert de Niro qui voit sa vie bouleversée par une mouche qui tombe dans sa machine à écrire… petit détail de la vie ordinaire qui va l’amener à prendre conscience du caractère totalitaire du monde dans lequel il évolue. Soulignons par ailleurs que dans Brazil, les corps sont mis à très rude épreuve par la chirurgie esthétique.

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Edward Hopper, Grant Wood, Norman Rockwell : le quotidien dans la peinture américaine

12 juillet 2017
American Gothic

Grant Wood, « American Gothic », 78 x 65 cm, Institut d’Art de Chicago, 1930.

De nombreux peintres américains se sont attachés à représenter le quotidien de leurs concitoyens, exaltant l’americain way of life. On peut notamment signaler, parmi eux, Grant Wood (1891-1942), surtout connu pour son American gothic qui met en scène un couple de fermiers typique du Midwest.

Le peintre et illustrateur Norman Rockwell (1894-1978) est quant à lui surtout connu pour ses images d’une Amérique urbaine de l’entre-deux-guerres, prospère et très enjouée.

Rockwell

Norman Rockwell, « A l’abri du besoin » (« Thanksgivin Picture »), 116 x 90 cm, musée Norman Rockwell de Stockbridge, 1942.

Mentionnons enfin, dans un style plus sombre, les tableaux d’Edward Hopper (1882-1967), et notamment Nighthawks qui nous montre des « oiseaux de nuit » attardés dans un dinner. Un tableau devenu emblématique de l’Amérique des années 1940 et ayant, comme celui de Wood, fait l’objet d’innombrables parodies et détournements.

Edward Hopper, Grant Wood, Norman Rockwell : le quotidien dans la peinture américaine dans Thème 1 (2017-2018)

Edward Hopper, « Nighthawks », 84 x 152 cm, Institut d’art de Chicago, 1942.

« L’Homme qui rétrécit », « Le Voyage fantastique » et « Chéri, j’ai rétréci les gosses »

11 juillet 2017

On peut sans trop de problèmes combiner les références culturelles sur le corps et sur le fantastique. Dans L’Homme qui rétrécit (1957) de Jack Arnold, un homme contaminé par un nuage radioactif rétrécit petit à petit. Le film vaut pour ses trucages qui peuvent faire sourire : l’homme flotte d’abord dans son pantalon puis se retrouve à habiter une maison de poupée, mais il manque aussi de se faire manger par son propre chat et doit se défendre contre une redoutable araignée à l’aide d’une aiguille transformée en épée. Tout cela avant d’être confronté, dans la dernière scène du film, à la grande question « métaphysique » de sa disparition.

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Moins prétentieuse et plus drôle, la série des Chéri, j’ai rétréci les gosses (1989, avec deux suites en 1992 et 1997) reprend les mêmes codes : réduits par leur savant fou de père à une taille microscopique, les « gosses » du titre sont eux aussi confrontés à des insectes, avec des trucages qui paraissent à peine plus sophistiqués que ceux des années 1950.

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Entre-temps, dans la lignée des nanars extraordinaires sur le corps humain, était sorti en 1966, Le Voyage fantastique, film dans lequel des scientifiques de taille minuscule explorent un corps humain : les bactéries sont leurs ennemis et la moindre quinte de toux de la personne « explorée » s’apparente pour les membres de l’expédition à une catastrophe. L’ensemble est à la fois assez risible, même au deuxième degré, et a cependant probablement préfiguré, d’une certaine manière, l’essor des nanotechnologies appliquées à la médecine.

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« Bienvenue à Gattaca », « Le Meilleur des mondes » et « Divergente »

11 juillet 2017

« There is no gene for the human spirit…» Est-on déterminé par son seul patrimoine génétique ? C’est la question que posait, en 1997, le film d’Andrew Niccol, Bienvenue à Gattaca qui décrit une société eugéniste dans laquelle chacun est planifié au niveau de son ADN pour servir la collectivité. Image de prévisualisation YouTube L’ensemble rappelle le livre d’Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes  (Brave new world), sorti en 1932. Il peut aussi annoncer les versions récentes pour le grand public comme la série Divergente. Image de prévisualisation YouTube

« VIP», « Common people » et Martin Parr

11 juillet 2017

En 1986, Françoise Hardy sortait une chanson intitulée VIP, consacrée à une « très importante personne » passant de palaces en limousines tout en buvant du whisky Glenmorangie…

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Dix ans plus tard, Jarvis Cocker du groupe anglais Pulp (grand admirateur de F. Hardy) évoquait dans Common People un femme qui désirait être initiée par son nouveau fiancé à la vie de tous les jours des gens ordinaires, dans une société britannique encore très marquée par les appartenances de classe (l’album dont est tiré le single Common People s’intitulait d’ailleurs Different Class).

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Le photographe anglais Martin Parr (né en 1952) est un des meilleurs observateurs de cette société anglaise depuis les années 1970. On lui doit une série sur la jet-set internationale (les fameux VIP…), mais aussi une série sur les derniers représentants de la working class britannique, mise à mal par la politique sociale de Tatcher. Il a aussi travaillé dans la série Small World sur ces touristes qui vont au bout du monde visiter des lieux extraordinaires et y photographient leurs proches dans les attitudes les plus banales ou ridicules. Soulignons que même si M. Parr a beaucoup d’humour et s’attache volontiers à la bêtise de ses contemporains, il le fait sans aucune méchanceté, ne méprisant jamais les personnages qu’il photographie (il est d’ailleurs lui-même à la tête d’une immense et très décalée collection d’objets de propagande du monde entier…).

Luxe 2009

Martin Parr, série « Luxury », 2009.

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Martin Parr, série « The Last resort », 1983-1985.

Small World

Martin Parr, série « Small World », 1987-1994.

Jérome Bosch et Arcimboldo : des corps extraordinaires

10 juillet 2017
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Jérôme Bosch, « Le Jardin des Délices », 220 x 386 cm, musée du Prado, Madrid, vers 1494-1505.

Jérôme Bosch est un peintre flamand né vers 1450 et mort vers 1516. Il est l’auteur de tableaux mystérieux, dont même quelqu’un qui n’a jamais suivi un cours d’histoire de l’art peut immédiatement percevoir le caractère extraordinaire (un film lui a d’ailleurs été consacré en 2016 sous le titre Le Mystère Jérôme Bosch). Parmi ces tableaux, un continue d’exercer une véritable fascination sur le public : Le Jardin des Délices. Dans le but, probablement, d’édifier les spectateurs, Bosch soumet les corps des innombrables personnages de ce grand triptyque à toutes les transformations possibles : les corps sont mélangés, allongés, hybridés, chosifiés ou animalisés, ils sont torturés ou transformés en instruments de torture, ou en instruments de musique…

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Presque aussi prolifique que Bosch dans son inspiration, Giuseppe Arcimboldo est lui aussi un peintre très célèbre, né à Milan en 1527 et mort dans la même ville en 1593. Il est l’auteur de portraits « parlants » dans lesquels l’été est par exemple représenté par les fruits et les légumes de cette saison, de même que l’automne, l’hiver et le printemps le sont par ceux leur correspondant. On peut notamment signaler dans l’oeuvre du peintre, concernant le thème du corps artificiel, Le Bibliothécaire (1566), dont le corps est entièrement composé de livres… 

Arcimboldo

Arcimboldo, « Le Bibliothécaire », 110 x 72 cm, Häbo (Suède), 1566.

« Marathon man » (1976) et « The Boys from Brazil » (1978)

10 juillet 2017

En 1978 sortait sur les écrans The Boys from Brazil. Le scénario de ce film imaginait que le docteur SS Mengele, surnommé l’Ange de la mort d’Auschwitz, avait survécu en Amérique du Sud après la guerre, ce qui était d’ailleurs vrai (Mengele est mort au Brésil trois ans après la sortie du film). Il attribuait à Mengele le projet de cloner Hitler. Le film a assez mal vieilli, notamment à cause de Gregory Peck qui incarne Mengele de manière assez pataude. Mais on trouve dans cet exercice d’histoire-fiction une longue explication du principe du clonage qui n’était probablement pas du tout familier au public de l’époque (cf. la deuxième vidéo ci-dessous).

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Dans The Boys from Brazil, l’acteur anglais Laurence Olivier jouait le rôle d’un chasseur de nazis, comprenant peu à peu le projet fou de Mengele. Mais il avait deux ans plus tôt incarné, dans Marathon Man, aux côtés de Dustin Hoffman, un médecin nazi justement inspiré du docteur Mengele. Dans ce film, le personnage de Babe (joué par D. Hoffman) voit son corps mis à rude épreuve par un intensif entraînement au marathon, mais aussi par d’extraordinaires événements comme une séance de torture dentaire devenue très célèbre (et dont le personnage se venge obligeant le vieux nazi qui la lui a faite subir à avaler des diamants qu’il convoite).

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Modulor et « Machine à habiter »

10 juillet 2017
Modulor

Le Corbusier, « Le Modulor ».

Une partie de l’oeuvre de Charles-Edouard Jeanneret, dit Le Corbusier (1887-1965), a été récemment classée par l’Unesco au titre du patrimoine mondial de l’humanité. On doit à ce Français d’origine suisse, précurseur du mouvement dit « moderne » et du fonctionnalisme en architecture, l’idée de la maison comme « machine à habiter » (Vers une architecture, 1923). On lui doit aussi l’invention, en 1945, du Modulor, gabarit théorique universel qui devait permettre de calculer les dimensions idéales de tous les éléments d’architecture à partir des mesures du corps humain. Le Corbusier adaptait ainsi à l’époque moderne et au béton L’Homme de Vitruve que Léonard de Vinci (1452-1519) avait dessiné d’après les prescriptions d’un célèbre théoricien de l’architecture de l’Antiquité romaine…

Leonard

Léonard de Vinci, « L’Homme de Vitruve », vers 1490.

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