Archive de la catégorie ‘Fiches de lecture’

Julien Capron, « Match aller », Paris, Flammarion, 2009, 728 p.

Mardi 20 décembre 2011

L’auteur :

Julien Capron est un jeune romancier français, auteur de trois romans : Amende honorable et un diptyque, Match aller et Match retour.

 

L’œuvre :

Match aller est un polar atypique qui se déroule dans un pays imaginaire, la « République », auquel J. Capron a inventé une géographie et une histoire particulières. Malgré les noms très exotiques de ses habitants, cette République ressemble beaucoup à la France et la ville de Volmeneur, où opère un serial killer, évoque vaguement Toulon (la postface indique cependant que l’auteur s’est plutôt inspiré de Biarritz), ville portuaire industrielle où le rugby occupe une grande place, comme d’ailleurs dans tout ce pays imaginaire. Les nombreux meurtres sur lesquels enquêtent un duo de commissaires amoureux l’un de l’autre (Fénimore et Casilde) frappent uniquement des gens proches du club de Volmeneur : les crimes sont commis à la veille de chaque rencontre importante et pèsent naturellement sur le moral de l’équipe.  Les investigations de la police sont compliquées par les citations du poète grec Héraclite retrouvées sur les scènes de crime, ce qui laisse penser que l’assassin est un fan de mythologie autant que de rugby…

 

Le rapport avec le programme de BTS :

L’aspect policier du livre est sans intérêt pour le BTS : l’affaire n’est d’ailleurs pas résolue à la fin de ce qui s’avère un premier tome, le dénouement doit avoir lieu dans le Match retour. Le style très baroque de l’auteur ne peut, en aucun cas, servir de modèle d’écriture en BTS, qu’il s’agisse de l’écriture personnelle ou de la synthèse. Le principal intérêt du livre réside en fait dans la description de la vie du club de rugby de Volmeneur (rivalités entre joueurs, pression psychologique exercée par le staff, peur des blessures, violence des matchs de haut niveau, etc). J. Capron connaît manifestement bien ce milieu et apprécie ce sport, il s’est d’ailleurs beaucoup documenté pour écrire ce livre : on peut donc le lire si on apprécie à la fois les romans policiers et le milieu du rugby, mais sinon, l’investissement en temps de lecture paraît démesuré par rapport à la quantité d’informations apportées.

 

Un extrait:

« Zacharie reprend sa place. Il se dit : ‘Allez, tu leur montres qui t’es’. Parce que c’était bien ça le truc, toujours montrer qui on est. Des actes et puis des actes à se définir. Et il y avait pas trop à gueuler, parce que c’était quoi, le sport, sinon la guerre faite spectacle ? Une terre ; y tracer des lignes, des limites, des frontières pour voir un peu qui étaient les conquérants. Mettre des maillots, sonner le tocsin, déployer les bannières, et c’était le show. L’éternelle conquête du territoire métaphorisée jusqu’au loisir ». (p. 391)

 

Nicolas Padiou

 

Julien Capron,

Lisibilité : 8/20

Utilité : 5/20

Haruki Murakami, « Autoportrait de l’auteur en coureur de fond », Paris, 10-18, 2009 [2007], 221 p.

Dimanche 27 novembre 2011

L’auteur :

Haruki Murakami est un écrivain japonais, né en 1949.

 

L’œuvre :

Comme John Irving (dont il traduit les œuvres en japonais), Murakami est un adepte des récits autobiographiques. Cet Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, constitue, pour la course à pied, l’équivalent du livre d’Irving sur la lutte (http://btscfmbtp.unblog.fr/2011/09/18/john-irving-la-petite-amie-imaginaire-paris-points-seuil-1996-175-p/). L’auteur explique qu’il a mené une vie dissolue jusqu’à l’âge de 30 ans (fumant jusqu’à trois paquets de cigarettes par nuit) avant de se lancer corps et âme dans la course de fond. Entre 1979 et 2006, il a ainsi couru 33 marathons au Japon et aux États-Unis, de nombreux triathlons et un « ultra-marathon » (100 km de course).

 

Le rapport avec le programme de BTS :

Le livre de Murakami est écrit dans un style très abordable et se lit donc assez facilement (on peut en achever la lecture en quelques heures).  C’est plutôt une rareté parmi les livres recommandés par le Bulletin officiel. Malheureusement, on ne peut pas en tirer grand chose : de la même manière qu’Irving se préoccupait surtout, dans La Petite amie imaginaire, de l’impact de la lutte sur sa vie intime et sa carrière, Murakami s’intéresse essentiellement aux répercutions de sa pratique intensive de la course de fond sur ses romans et sur son humeur. On peut donc lire ce livre à condition de ne pas en attendre la moindre considération d’ordre sociologique sur l’importance du jogging dans le monde actuel.

 

Un extrait:

« Vous est-il arrivé de courir cent kilomètres en un seul jour ? La grande majorité des gens (de ceux qui ont conservé leur santé mentale, devrais-je plutôt dire) n’ont jamais connu ce type d’expérience. Aucun individu normal ne tenterait quelque chose d’aussi insensé. Moi, je l’ai fait une fois. Une fois seulement. J’ai réussi à courir cent kilomètres dans une compétition qui commençait le matin et s’achevait le soir ». (p. 130)

 

Nicolas Padiou

 

Lisibilité : 15/20

Utilité : 5/20

 

Haruki Murakami,

Rachid Boudjedra, « Le Vainqueur de coupe », Paris, Folio, 1989 [1981], 256 p.

Dimanche 13 novembre 2011

L’auteur :

Rachid Boudjedra est un écrivain algérien, né en 1941, qui a participé à la lutte pour l’indépendance de son pays au tournant des années 1950 et 1960.

 

L’œuvre :

Le Vainqueur de coupe raconte, à la première personne, l’histoire d’un personnage surnommé « Staline », jeune Algérien impliqué, en France, dans les milieux indépendantistes. Il est chargé par l’organisation à laquelle il appartient de tuer un dignitaire algérien collaborant avec les Français. L’assassinat doit avoir lieu lors de la finale de la coupe de France de football  de 1957, au stade de Colombes. Cette finale voit le Football Club de Toulouse triompher par 6 à 3 du SCO Angers. Le déroulement du match sert de fil conducteur au récit, par « Staline », de la préparation de l’attentat. Le personnage raconte aussi le jugement et l’emprisonnement qui s’ensuivent.

 

Le rapport avec le programme de BTS :

Le Vainqueur de coupe fournit indirectement quelques informations sur le football des années 1950. On s’aperçoit ainsi que les clubs français de l’époque ont déjà recours à des joueurs étrangers (Italiens, Argentins, Finlandais et Maghrébins). On constate aussi que la tactique était, à l’époque, beaucoup moins centrée sur la défense (d’où le score de 6-3). Mais, le football ne joue qu’un rôle d’arrière-plan dans ce roman, essentiellement centré sur les dilemmes du personnage principal à propos de son engagement politique. Le style de l’auteur est original mais franchement difficile à aborder, probablement impossible, même, pour l’immense majorité des élèves de BTS. Globalement, on peut donc lire Le Vainqueur de coupe pour enrichir son vocabulaire et en apprendre un peu sur la guerre d’Algérie, mais il ne faut pas espérer en tirer grand chose en vue de l’examen de BTS. Bien qu’elle fasse partie de la bibliographie officielle du BTS, il paraît très difficile de citer cette œuvre dans l’écriture personnelle. 

 

Un extrait : 

« … Le Toulouse Football Club était maintenant déchaîné et s’en donnait à cœur joie. Jubilations des poitrines mouillées par les maillots de la gloire, raccourcis fulgurants des trajectoires banales, nouvelles balises et balayage total du terrain, coups de ciseaux, coups de têtes, passes rapides, jongleries de clowns, maestria furiosa, petits ponts et grandes ouvertures latérales, changements de balle et échanges de place, montées et descentes, mouvements incursionnés, tourbillons sur place, feintes et contre-feintes. Le public n’en pouvait plus. Toujours le même score, et les deux compères latéraux (le 7 et le 11), c’est-à-dire Brahimi et Bouchouk s’amusaient à volatiliser et à mettre en pièces les théories rigoureuses au profit d’un football instinctif où la balle vient au pied du joueur et non le contraire, comme si elle avait été aimantée. Toujours le même score ! » (p. 68)

Nicolas Padiou
 

Lisibilité : 3/20

Utilité : 3/20

 

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Nicolas Padiou
 

 

 

 

John Irving, « La Petite amie imaginaire », Paris, Points Seuil, 1996, 175 p.

Dimanche 18 septembre 2011

L’auteur

John Irving est un écrivain américain, né en 1942. Il est l’auteur, très prolifique, d’énormes best seller parmi lesquels on compte notamment Le Monde selon Garp (1978).

 

L’œuvre

Comme la plupart des romans de John Irving, La Petite amie imaginaire est une oeuvre essentiellement autobiographique. Le livre raconte l’exploration par J. Irving, pendant les années 1950 à 1980, de deux univers que tout oppose a priori, mais qui se trouvent réunis dans les « colleges » américains : la lutte et la littérature. La lutte semble, en effet, être (ou en tous cas avoir été) abondamment pratiquée dans les universités américaines, universités où l’écriture de romans est par ailleurs enseignée comme une matière à part entière (ce qui ne se fait pas en France).

 

Le rapport avec le programme de BTS

J. Irving ne théorise pas le rapport entre la lutte et la littérature. Le seul point commun entre ces deux domaines, c’est sa vie, une vie qui l’a conduit à alterner d’innombrables championnats de lutte (en tant que lutteur puis comme coach sportif) et l’écriture de ses premiers livres, avant que l’âge et le succès littéraire l’amènent à abandonner le sport pour se tourner définitivement vers une carrière d’écrivain. Ce livre est plus court que la plupart de ceux de J. Irving, mais il reste très centré sur son auteur et apparaît assez chaotique. « La petite amie imaginaire » qui donne son titre au livre n’est ainsi qu’une vague anecdote parmi toutes celles que l’auteur accumule et qui ne sont pas toutes d’un intérêt crucial, comme par exemple la liste des livres qu’il a lus étant jeune et qui sont censé l’avoir influencé. Par ailleurs, un bon tiers des pages du livre concerne la lutte, sport méconnu… et qui gagnerait peut-être à le rester. Si l’on en croit J. Irving, les lutteurs de haut niveau passent l’essentiel de leur temps à tenter de maigrir pour pouvoir concourir dans les catégories de poids les plus petites et à apprendre des prises qui sont interdites par le règlement de la lutte. Le livre n’est pas déplaisant et se lit assez facilement, mais il est vraiment sans grand intérêt, en tous cas pour l’épreuve de culture générale du BTS.

Cf. aussi http://btscfmbtp.unblog.fr/2011/11/27/haruki-murakami-autoportrait-de-lauteur-en-coureur-de-fond-paris-10-18-2009-2007-221-p/

 

Lisibilité : 8/20

Utilité : 3/20

 

Nicolas Padiou

Petite amie imaginaire (la)

François Bégaudeau (dir.), « La Politique par le sport », Paris, Denoël, 2009, 189 p.

Samedi 20 août 2011

Les auteurs

La Politique par le sport est un ouvrage collectif dont la publication a été dirigée par François Bégaudeau (auteur de Jouer juste). Il rassemble les contributions d’une douzaine de jeunes auteurs français.

 

Le livre

La Politique par le sport se compose d’une centaine de textes qui abordent les rapports entre la politique et le sport de manière le plus souvent ironique. Malgré ce que certains titres de chapitres pourraient laisser penser (« La géopolitique par le sport », p. 89-97), on n’a pas affaire ici à une étude systématique et théorique des liens entre le sport et la politique, il s’agit plutôt, pour les auteurs, de s’appuyer sur leurs souvenirs ou leur expérience personnelle de la pratique d’un sport pour rédiger des textes brefs et évocateurs, finalement assez proches et très complémentaires de ceux qu’on peut trouver dans le recueil de Philip Delerm publié deux ans plus tôt (La Tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives). Sans surprise, le football se taille la part du lion, mais le rugby, le basket, le tennis, le cyclisme et même le patinage artistique sont évoqués, ainsi que des thèmes transversaux comme le dopage ou l’esprit olympique. Certains textes se référant au contexte politique des années 2007-2009 ou aux jeux olympiques de Pékin ont déjà un peu vieilli, mais d’autres sont vraiment intéressants, notamment ceux de François Bégaudeau sur le football et ceux de Thierry Saunier sur le rugby. Malgré l’abondance des références à l’histoire du sport et de la politique, l’ensemble du recueil se lit assez facilement et fournit de nombreuses pistes de réflexion par rapport aux problématiques évoquées dans le Bulletin officiel. On peut donc en recommander la lecture intégrale ou, à défaut, celle de l’introduction de F. Bégaudeau.

Un extrait :

« Le goal n’est donc pas par essence psychologiquement individualiste, mais la chorégraphie liée à sa fonction crée une sorte d’individualisme objectif, en l’assignant à un contretemps structurel. Physiquement, d’abord : entouré d’athlètes obnubilés par la récupération de leurs forces, alors que lui pourrait tranquillou jouer trois matchs de suite. Dans la hiérarchie de ses préoccupations, ensuite : premier responsable dans la zone de vérité que délimite sa surface de réparation, le goal aura tendance à évaluer un match en borgne, c’est-à-dire en ne considérant que ce qui s’est passé dans son environnement proche (comme du reste le fait un buteur, symétriquement). En pupille, notre goal s’appelait Jacques. Pas méchant, coupe au bol et capable de vous laisser finir sa canette d’Orangina. Mais alors sportivement, c’est simple, il ne pensait qu’à sa gueule. On pouvait prendre ou mettre une raclée, seule l’intéressait sa performance individuelle » (F. Bégaudeau, « Le goal est-il miné par l’individualisme bourgeois ? », p. 170-171).

 

Lisibilité : 10/20

Utilité : 12/20

 

Nicolas Padiou

 

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Victor Hugo, « L’Homme qui rit », Paris, Gallimard Folio classique, [1869] 2002, 831 p.

Mardi 16 août 2011

L’auteur

Né en 1802, mort en 1885, Victor Hugo est l’un des plus célèbres poètes et romanciers français du XIXe siècle.

 

L’oeuvre

Victor Hugo fait paraître L’Homme qui rit en 1869, alors qu’il est déjà très connu pour Notre-Dame de Paris (1831) et Les Misérables (1862), mais aussi pour son opposition au régime de Napoléon III (1852-1870). L’Homme qui rit est un roman historique qui se déroule en Angleterre, au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles. Il raconte la vie tourmentée d’un jeune noble anglais (Lord Clancharlie) arraché à sa famille par des voleurs d’enfants qui  le rebaptisent Gwynplaine et le défigurent volontairement pour en faire un phénomène de foire. Devenu adulte, Gwynplaine a l’opportunité de retrouver son statut social, mais, par solidarité avec les pauvres au milieu desquels il a grandi, il préfère garder son ancien mode de vie.

 

Le rapport avec le programme de BTS

Malgré son titre, L’Homme qui rit, n’apparaît pas comme une lecture indispensable pour le programme de BTS. Le livre est très imposant (710 pages sans les notes dans l’édition Folio classique). Il est intéressant mais très difficile à aborder : pour bien l’apprécier, il faudrait connaître aussi bien le contexte de l’Angleterre des années 1700 que celui de la France de la fin des années 1860 à laquelle V. Hugo fait indirectement référence. Enfin, il ne contient que quelques réflexions éparses sur le rire et non une véritable théorie du rire, comme on aurait pu l’attendre d’après le titre. Il n’est pas inutile de lire L’Homme qui rit pour enrichir sa culture générale, mais cela n’apparaît vraiment pas comme une priorité dans la perspective de l’examen du BTS : il semble, en effet, presque impossible, même pour quelqu’un qui aurait lu le livre, de le citer pertinemment dans l’écriture personnelle. Quant à la synthèse, on ne peut exclure qu’elle contienne un extrait de L’Homme qui rit, mais on peut tout à fait s’y préparer en lisant les différentes anthologies de textes concernant le programme de BTS (L’Homme qui rit apparaît par exemple dans l’anthologie Flammarion Rire : pour quoi faire ?, p. 67-69).  

 

Quelques extraits

« Il ne souriait pas, nous l’avons dit, mais il riait ; parfois, fréquemment même ; d’un rire amer. Il y a du consentement dans le sourire, tandis que le rire est souvent un refus » (p. 77). Cette description s’applique à Ursus, l’homme qui recueille Gwynplaine dans son enfance, la deuxième phrase pourrait constituer un sujet (difficile à traiter) pour l’écriture personnelle.

« C’est en riant que Gwynplaine faisait rire. Et pourtant, il ne riait pas. Sa face riait, sa pensée non. L’espèce de visage inouï que le hasard ou une industrie bizarrement spéciale lui avait façonné, riait tout seul. Gwynplaine ne s’en mêlait pas. Le dehors ne dépendait pas du dedans. Ce rire qu’il n’avait point mis sur son front, sur ses joues, sur ses sourcils, sur sa bouche, il ne pouvait l’en ôter. On lui avait à jamais appliqué le rire sur le visage. C’était un rire automatique et d’autant plus irrésistible qu’il était pétrifié. Personne ne se dérobait à ce rictus. Deux convulsions de la bouche sont communicatives, le rire et le bâillement. Par la vertu de la mystérieuse opération probablement subie par Gwynplaine enfant, toutes les parties de son visage contribuaient à ce rictus, toute sa physionomie y aboutissait, comme une roue se concentre sur le moyeu ; toutes ses émotions, quelle qu’elles fussent, augmentaient cette étrange figure de joie, disons mieux, l’aggravaient. Un étonnement qu’il aurait eu, une souffrance qu’il aurait ressentie, une colère qui lui serait survenue, une pitié qu’il aurait éprouvée, n’eussent fait qu’accroître cette hilarité des muscles ; s’il eût pleuré, il eût ri ; et, quoi que fît Gwynplaine, quoi qu’il voulût, quoi qu’il pensât, dès qu’il levait la tête, la foule, si la foule était là, avait devant les yeux cette apparition : l’éclat de rire foudroyant » (p. 351).

« De toutes les laves que jette la bouche humaine, ce cratère, la plus corrosive, c’est la joie. Faire du mal joyeusement, aucune foule ne résiste à cette contagion » (p. 702) : cette phrase conclut un épisode au cours duquel Gwynplaine s’attire les moqueries des nobles pour avoir essayé de défendre les pauvres, on peut la rapprocher d’une des problématiques évoquées par le Bulletin officiel : « Du rire collectif au rire d’exclusion ».

Lisibilité : 2/20

Utilité : 5/20

Nicolas Padiou

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Henri Bergson, « Le Rire », Paris, Presses universitaires de France, [1899] 2010, 359 p.

Dimanche 7 août 2011

L’auteur

Henri Bergson est un philosophe français, né en 1859 et mort en 1941. Il est l’auteur d’une dizaine de livres qui ont connu un grand succès pendant la première moitié du XXe siècle.

 

L’oeuvre

Le Rire, sous-titré Essai sur la signification du comique, est publié en 1899. Il se compose de trois chapitres qui correspondent, en fait, à trois articles précédemment publiés par Bergson. Le premier chapitre concerne « Le comique en général. Le comique des formes et le comique des mouvements. Force d’expansion du comique ». Le deuxième chapitre porte sur « Le comique de situation et le comique de mots ». Quant au troisième chapitre, il aborde « Le comique de caractère ». Ces trois chapitres ne représentent en fait que 160 p. de l’édition des Presses universitaires de France, les deux cents pages restantes se composant de notes et de commentaires de l’éditeur du texte.

 

Le rapport avec le programme de BTS

Ce livre ne fait pas partie de la bibliographie donnée à titre indicatif par le Bulletin officiel. Par ailleurs, il n’est pas très facile à lire : le style de Bergson ne pose pas de problèmes majeurs, mais sa démarche est parfois difficile à saisir et les références culturelles auxquelles il a recours risquent de s’avérer trop allusives pour le lecteur contemporain moyen (il considère par exemple que la trame des pièces de Molière est connue du lecteur). Cependant, il paraît vraiment utile de lire cet ouvrage : il est relativement court, lisible sans trop de difficultés et se situe au coeur du sujet abordé par le programme de BTS. Il est, en outre, gratuitement téléchargeable sur Internet (notamment à l’adresse suivante : http://classiques.uqac.ca/classiques/bergson_henri/le_rire/le_rire.html). Il est tout à fait possible qu’un extrait de ce texte figure dans le corpus de la synthèse. Et, il est par ailleurs possible, pour montrer l’importance du rire comme thème de réflexion philosophique, de faire référence à Bergson et à son livre dans l’introduction de votre synthèse et, surtout, dans celle de votre écriture personnelle (même si c’est un peu banal, rien n’interdit de commencer votre introduction par une phrase du type « Le rire a toujours suscité la curiosité des écrivains et des philosophes, Bergson lui ayant même consacré l’intégralité de l’un de ses essais en 1899 [...]« ).

 

Quelques citations (qui pourraient faire l’objet d’un sujet d’écriture personnelle le jour de l’examen…)

« Il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain » (p. 2)

« Signalons maintenant, comme un symptôme non moins digne de remarque, l’insensibilité qui accompagne d’ordinaire le rire » (p. 3)

« On ne goûterait pas le comique si l’on se sentait isolé » (p. 4)

« Pour comprendre le rire, il faut le replacer dans son milieu naturel, qui est la société ; il faut surtout en déterminer la fonction utile, qui est une fonction sociale » (p. 6)

Le rire : « Du mécanique plaqué sur du vivant » (p. 29)

« nous ne sommes risibles que par le côté de notre personne qui se dérobe à notre conscience » (p. 129).

 

Lisibilité : 8/20 

Utilité : 16/20

 

 

Nicolas Padiou

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Roland Barthes, « Mythologies », Paris, Points essais, 1970, 234 p.

Dimanche 24 juillet 2011

L’auteur

Roland Barthes est un écrivain français, né en 1915 et mort en 1980. Il a rédigé de très nombreux livres sur la philosophie et la littérature.

 

L’oeuvre

Les Mythologies sont un des ouvrages les plus célèbres de Barthes. Elles ont été publiées en 1957 et rééditées en 1970. Il s’agit d’un recueil d’une cinquantaine de courtes chroniques inspirées par la mode et l’évolution des mentalités en France pendant l’après-guerre. Parmi ces textes, deux concernent le sport. Le premier texte, qui est aussi l’un des plus longs, est intitulé « Le monde où l’on catche » (p. 13-23) le second porte pour titre « Le tour de France comme épopée » (p. 103-113).

 

Le rapport avec le programme de BTS

Roland Barthes est probablement l’auteur dont le nom revient le plus souvent, ces dernières années, dans les bibliographies de l’épreuve de culture générale et expression du BTS : ses Fragments du discours amoureux faisaient partie de la bibliographie du thème « Le détour » (2008-2010), les Mythologies ayant quant à elles été cités dans les textes officiels concernant les thèmes « Faire voir « (2007-2009) et  »Génération(s) » (2009-2011), puis, dernièrement, pour le thème « Le sport, miroir de notre société » (2010-2012). Il y a toutes les chances pour que, un jour ou l’autre, un texte de Barthes soit effectivement choisi pour le corpus de documents faisant l’objet de l’épreuve de synthèse au BTS. Dans cette perspective, il peut être très important d’avoir lu les deux textes des Mythologies concernant le sport, d’autant plus important que ces textes abordent des sujets banals, mais en recourant à un vocabulaire assez sophistiqué qui pourrait poser certains problèmes de compréhension. La difficulté de lecture pourrait naître de ce que Barthes adopte une démarche à la fois littéraire et sociologique pour analyser les mythes modernes en train de se créer à l’époque où il écrit (la DS de Citroën, les savons et détergents qui lavent toujours plus blanc, le ‘bifteck-frites’ comme un incontournable de la cuisine populaire française, etc.).  Comme ces mythes ont un peu passé de mode, il apparaît difficile de citer Barthes pour l’épreuve d’écriture personnelle, mais il peut être utile de lire ces textes (en tout une vingtaine de pages), même s’ils ne sont pas très accessibles, au cas où l’un d’entre eux figurerait donc dans le corpus de l’épreuve de synthèse.

 

Deux extraits :  

 

A propos du catch, Barthes affirme : « Le mal étant le climat naturel du catch, le combat régulier prend surtout une valeur d’exception ; l’usager s’en étonne, et le salue au passage comme un retour anachronique et un peu sentimental à la tradition sportive (‘ils sont drôlement réguliers, ceux-là’) ; il se sent tout d’un coup ému devant la bonté générale du monde, mais mourrait sans doute d’ennui et d’indifférence si les catcheurs ne retournaient bien vite à l’orgie des mauvais sentiments, qui font seuls du bon catch. Extrapolé, le catch régulier ne pourrait conduire qu’à la boxe ou au judo, alors que le catch véritable tient son originalité de tous les excès qui en font un spectacle et non un sport » (p. 21). Concernant le tour de France, il pointe les formules toutes-faites qui constituent le fond des commentaires journalistiques : « Le coureur trouve dans la Nature un milieu animé avec lequel il entretient des échanges de nutrition e de sujétion. Telle étape maritime (Le Havre-Dieppe) sera ‘iodée’, apportera à la course énergie et couleur ; telle autre (le Nord), faite de routes pavées, constituera une nourriture opaque, anguleuse : elle sera littéralement ’dure à avaler’ ; telle autre encore (Briançon-Monaco), schisteuse, préhistorique, engluera le coureur. Toutes posent un problème d’assimilation, toutes sont réduites par un mouvement proprement poétique à leur substance profonde, et devant chacune d’elles, le coureur cherche obscurément à se définir comme un homme total aux prises avec une Nature-substance, et non plus avec une Nature-objet. Ce sont donc les mouvements d’approche de la substance qui importent : le coureur est toujours représenté en état d’immersion et non pas en état de course : il plonge, il traverse, il vole, il adhère, c’est son lieu au sol qui le définit, souvent dans l’angoisse et dans l’apocalypse (l’effrayante plongée sur Monte-Carlo, le jeu de l’Esterel) ».

 

 

Lisibilité : 6/20

Utilité : 14/20

 

 

Nicolas Padiou

 

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Nick Hornby, « Carton jaune », Paris, Plon, [1992] 1998, 286 p.

Samedi 23 juillet 2011

L’auteur

Nick Hornby est un romancier anglais, né en 1957. Il est notamment l’auteur de High fidelity (1995) et About a boy (1998), tous les deux adaptés au cinéma.

 

L’oeuvre

Alors que Football factory raconte les aventures d’un supporter de Chelsea constamment sous l’emprise de l’alcool et extrêmement violent, Carton jaune est nettement plus reposant : il s’attache à un supporter fanatique mais très pacifique d’un autre club de football londonien, celui d’Arsenal. Il s’agit, comme dans tous les romans de Nick Hornby, d’une oeuvre autobiographique : c’est, en fait, de son propre rapport à Arsenal que l’auteur va nous parler (de la même manière qu’il évoquait dans High fidelity, son obsession personnelle de la musique rock). A travers de brefs comptes-rendus de matchs inextricablement mêlés à la vie personnelle de l’auteur, on suit en fait la biographie de Nick Hornby mais aussi les hauts et les bas des « gunners » d’Arsenal de 1968 à 1992 ainsi que quelques matchs de l’équipe nationale anglaise. L’originalité du livre réside dans la croyance de l’auteur à l’influence de son destin sur celui de son club favori (et réciproquement) : il espère qu’une victoire d’Arsenal va lui permettre de décrocher un véritable travail ou de trouver une petite amie et il estime, parallèlement et de manière tout aussi irrationnelle, pouvoir aider son équipe à gagner en respectant un certain nombre de rituels.

 

Le rapport avec le programme de BTS

Carton jaune fait partie de la bibliographie officielle du programme de BTS. La peinture du milieu des supporters de foot londoniens est moins sombre chez Hornby que que chez John King (l’auteur de Football factory), mais elle est peut-être encore plus anecdotique. L’oeuvre nous en apprend, en fait, beaucoup plus sur les obesssions bizarres de Nick Hornby que sur le rapport des Anglais au sport professionnel : elle est assez distrayante à lire, mais pas très riche d’informations. On pourrait cependant envisager de la citer (en l’opposant éventuellement à celle de John King), dans l’épreuve d’écriture personnelle du BTS.

 

Un extrait

En de rares occasions, Nick Hornby délaisse son sujet de prédilection (Nick Hornby lui-même) et prend un peu de hauteur pour livrer à son lecteur quelques considérations d’ordre général sur l’évolution du football. On peut par exemple citer, p. 39 : « La coupe du Monde au Mexique en 1970 révolutionna la consommation du football. le foot avait toujours été un sport universel, dans le sens où le monde entier y jouait et le regardait ; mais quand le Brésil gagna la Coupe du Monde en 1962, la télévision était encore un luxe pour la plupart (et de toute manière, la technologie nécessaire pour restransmettre en direct un match disputé à l’autre bout du monde n’existait pas encore), et en 1966 les équipes sud-américaines passèrent au travers. [...] De fait, le Mundial 1970 fut la première confrontation majeure entre l’Europe et l’Amérique du Sud dont le monde entier fut témoin ».

 

Lisibilité : 12/20

Utilité :  6/20

 

Nicolas Padiou

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Philippe Delerm, « La Tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives », Paris, Folio, 2007, 140 p.

Vendredi 22 juillet 2011

L’auteur

Philippe Delerm est un auteur français né en 1950. Il est surtout célèbre pour son recueil de poèmes en prose La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, publié en 1997.

 

L’oeuvre

La Tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives est un court recueil d’une cinquantaine de textes eux-mêmes très courts (en général deux à trois pages). Le texte éponyme évoque la tranchée pavée d’Arenberg, longue de 2,5 km et qui s’apparente pour les coureurs cyclistes du Paris-Roubaix à un véritable enfer, notamment en cas de pluie. Les autres textes sont consacrés aux sports les plus divers : « Ils connaissent le film » (p. 25-27) s’attache au véritable « cinéma » des joueurs de tennis de Roland Garros en cas de balle litigieuse, « Passing-shot » décrit un coup imparable au tennis (p. 83-84), « Elles portent des noms slaves… » (p. 53-54) revient sur la technique de saut en hauteur inventée par Dick Fosbury, « Au départ d’la balle » (p. 31-32) révèle le spécialiste de l’arbitrage du hors-jeu qui existe en chaque spectateur d’un match de football, « On la tente » (p. 43-45) confronte le lecteur à la solitude du talonneur de rugby au moment de tenter une pénalité et « Quitter l’enfance » (p. 35-37) s’intéresse à un sport aussi  peu médiatique que le curling féminin.

 

Le rapport avec le programme de BTS

Le livre fait partie de la bibliographie du Bulletin officiel concernant le BTS. Il est court et écrit dans un style assez accessible. Les textes abordent des sports très différents de manière très vivante. Notons cependant que les références de Philippe Delerm sont un peu datées : la plupart des records mythiques ou des sportifs célèbres auxquels il s’attache remontent aux années 1960-1980 et risquent donc de ne pas être très évocateurs pour des lecteurs beaucoup plus jeunes. A titre d’exemple, les contestations de services douteux à Roland Garros ont pratiquement disparu depuis l’introduction de la vidéo qui permet à coup sûr de savoir si une balle est d’un côté ou de l’autre de la ligne. On peut cependant recommander la lecture de ce livre plus abordable que la plupart de ceux mentionnés par le Bulletin officiel, bien qu’il paraisse par ailleurs difficile de le citer dans l’épreuve d’écriture personnelle.

Un extrait

Un court extrait du texte intitulé « Héroïsme pendulaire », consacré à l’athlétisme (p. 33-34) : « L’un a franchi 8 mètres en longueur, un autre a couru le 400 mètres en 46 secondes, un troisième a sauté 5,40 mètres à la perche. Mais les voilà réunis à présent près de la ligne de départ du 1 500 mètres. L’ultime épreuve, le sommet du décathlon. C’est là que va se dérouler la pièce, dans la scène où ils sont tous les plus humbles, les plus faibles. Leur façon de se congratuler avant le départ installe déjà une atmosphère atypique, légèrement pagailleuse, comme si l’éthique de leur discipline effaçait les solitudes rectilignes, comme si des ondes chaleureuses pouvaient suspendre et relativiser l’idée d’un classement ».  

 

Lisibilité : 12/20

Utilité : 10/20

Nicolas Padiou

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