Archive de la catégorie ‘Fiches de lecture’

W. Benjamin, « L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique », Allia, 2013 [1935], 94 p.

Jeudi 6 novembre 2014

Walter Benjamin est un philosophe allemand, né en 1892, qui s’est suicidé en France en 1940, pour échapper aux Nazis. Il s’est intéressé à l’histoire de l’art, à la littérature, etc. On lui doit une Petite histoire de la photographie (1931). Mais son texte le plus célèbre est L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique (1935), livre qui figure dans la bibliographie du thème « Ces objets qui nous envahissent… ». W. Benjamin y étudie l’impact des nouveaux médias visuels sur les spectateurs des œuvres d’art ; il se demande notamment si la photographie et le cinéma ont modifié l’aura des œuvres.

W. Benjamin,

L’œuvre d’art… est court et très dense, probablement trop dense pour pouvoir être lu avec profit par la plupart des élèves de BTS. Les notes sont presque aussi longues que le texte proprement dit et on trouve même des notes dans les notes ce qui en dit long sur la complexité du propos du philosophe. Par ailleurs, la traduction assez lourde récemment publiée aux éditions Allia ne contribue pas vraiment à la lisibilité d’un texte qui accumule à l’excès les longues phrases savamment construites, selon une tradition propre à la philosophie allemande.

Dans l’ensemble, on ne saurait vraiment conseiller à des élèves de BTS, sauf s’ils ont suivi de nombreux cours de philosophie, la lecture d’un tel livre, certes court mais qui peut s’avérer très vite décourageant.

Citons cependant ci-dessous deux extraits à peu près abordables relatifs aux objets et, concernant l’autre thème au programme, le rêve, un passage décrivant le cinéma comme un médium onirique :

« [...] ce qui s’étiole de l’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, c’est son aura. Le processus est symptomatique ; sa portée déborde la sphère de l’art. La technique de reproduction – ainsi la désigne-t-on généralement – détache l’objet reproduit du cadre de la tradition. En multipliant les reproductions, elle remplace l’autorité de sa présence unique par une existence en masse. Et en autorisant la reproduction future à entrer en contact avec le récepteur à l’endroit où il se trouve, elle actualise l’objet reproduit ». (p. 22)

L.H.O.O.Q dans Ancien thème (2015-2016) :

Marcel Duchamp (1887-1955), « LHOOQ », dessin au crayon sur une carte postale de « La Joconde », 20 x 12 cm, 1919.

« Chaque jour se fait plus irrésistiblement sentir le besoin de rendre l’objet possédable par une proximité toujours plus intime, dans une image, mieux, dans une illustration, dans sa reproduction. Et il est évident que la reproduction, telle que le journal illustré et les actualités hebdomadaires la mettent à disposition, se distingue de l’image. Unicité et durée sont dans celle-ci étroitement imbriquées, autant que la fugacité et le caractère répétitif le sont dans la reproduction ». (p. 26)

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Martin Parr (né en 1952), « Grand Paris » [spectateurs photographiant "La Joconde"]

« C’est là qu’intervient la caméra, avec ses propres ressources, ses plongées, ses coupes et plans de détail, ses plans longs et courts, sa capacité d’agrandissement et de réduction. A travers elle, nous faisons pour la première fois l’expérience de l’inconscient optique comme, par la psychanalyse, celle de l’inconscient pulsionnel. En outre, il existe les plus étroites connexions entre ces deux formes d’inconscient. Car les nombreux aspects que les appareils d’enregistrement peuvent gagner sur la réalité ne résident, pour la plupart, qu’en dehors du spectre normal de la perception sensorielle. De nombreuses déformations et stéréotypes, de métamorphoses et catastrophes qui peuvent atteindre le monde de l’optique au cinéma, l’affectent de fait dans les psychoses, les hallucinations et les rêves. Ainsi, ces types de procédés propres à la caméra sont autant de procédures grâce auxquelles la perception collective peut s’approprier les formes perceptives singulières du psychotique ou du rêveur. Le cinéma a ouvert une brèche dans l’antique vérité d’Héraclite – selon laquelle les éveillés ont un monde commun et les dormeurs chacun le leur ». (p. 77)

« Pans de mur jaune »

Vendredi 26 septembre 2014

Dans un texte court, dense et très discutable intitulé Pans de mur jaune et publié dans L’espace du rêve, Roger Lewinter s’intéresse au rêve en peinture.

Il considère que « seule la peinture ‘réaliste’ est onirique » (p. 82) expliquant que :

« La peinture surréaliste, à notre sens, est ce qu’il y a de plus contraire au rêve : elle est une interprétation, plus exactement, le résultat d’une interprétation de rêve. Or, le rêve, par son interprétation est détruit, transposé précisément en réalité. La peinture surréaliste représente le produit du rêve terminé : ce qui se passe lorsque le sujet tente de l’expliciter, de le circonscrire en un discours conscient ; elle renvoie non pas au rêve mais à ce qui lui succède en raison : la logique » (p. 81)

Il ajoute, à propos du lien souvent fait entre les surréalistes et Jérôme Bosch :

« Toute peinture est originairement peinture de dieux, d’anges, de héros et de miracles : de scènes où le rêve est précisément signalé possible comme réel, d’où le principe de contradiction, logique, est dépassé, ignoré. Et plus la peinture parvient à accaparer dans son mode de représentation les signes extérieurs du réel, plus elle devient étrange, fascinante : opposée au réel. Ainsi la peinture de Jérôme Bosch, qui est la plus réaliste et la plus onirique de toutes les peintures » (p. 83).

Jérôme Bosch (1450-1516), « L’Enfer » (détail), triptyque du « Jardin des délices », 200 x 389 cm, 1503, musée du Prado, Madrid.

Se référant manifestement à Monet et, par Proust interposé, à Vermeer, il affirme par ailleurs : « On peut rêver sur un petit pan de mur jaune mais non sur des nymphéas, déjà rêvés » (p. 83). Il considère, en effet, que le souhait, de la part de certains artistes, d’analyser scientifiquement et de donner à voir les mécanismes de la perception (on peut penser à la perspective ou aux techniques de représentation des impressionnistes) détruit la capacité de croire en la réalité de ce qui est représenté et donc en la capacité de rêver.

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Johannes Vermeer (1632-1675), « Vue de Delft », 99 x 118 cm, 1659-1660, Mauritshuis, La Haye.

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Claude Monet (1840-926), « Nymphéas », 219 x 602 cm, 1920-1926, musée de l’Orangerie, Paris.

On n’est pas forcé de partager l’opinion de l’auteur, tant il semble s’en tenir à des généralités concernant la peinture surréaliste, mais certaines des idées avancées dans son texte sur les rapports entre rêve et peinture paraissent néanmoins pertinentes.

« Le rêve dans le surréalisme »

Vendredi 26 septembre 2014

Sarane Alexandrian a consacré, dans L’Espace du rêve, un texte au rêve dans le surréalisme d’un intérêt très inégal. La première partie du texte se penche sur la place du rêve dans les écrits des surréalistes, notamment ceux d’André Breton (p. 39-64). La deuxième partie tente d’appliquer la démarche psychanalytique à l’étude de trois rêves publiés par Breton dans un numéro de La Révolution surréaliste de 1924 (p. 64-80) ; on constate, en lisant cette deuxième partie, que les analogies utilisées par l’auteur pour décrypter les rêves de Breton paraissent très approximatives, voire abracadabrantes, ce qui prouve qu’on n’avait pas encore renoncé, au début des années 1970, à attribuer une valeur scientifique aux théories fantaisistes de Freud sur l’interprétation des rêves.

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André Breton chez lui.

 

« Le rêve de la dormeuse »

Jeudi 25 septembre 2014

Dans sa contribution au recueil L’Espace du rêve (p.11-37), le spécialiste du dix-huitième siècle Jean Starobinski se penche sur Le Cauchemar de Füssli. Il met l’œuvre en relation avec la peinture de l’époque aussi bien qu’avec certaines théories psychanalytiques.

Johann Heinrich Füssli (1741-1825), « Le Cauchemar », 77 x 64 cm, 1791, musée Goethe de Francfort.

En vue du BTS, le passage le plus intéressant du texte concerne la distinction que J. Starobinski opère entre les artistes recourant essentiellement à la couleur et ceux qui font surtout appel au dessin.

D’après l’auteur, les œuvres des peintres coloristes ne cherchent pas à susciter, chez la personne qui les regarde, le souvenir d’un rêve, mais elles peuvent inciter à rêver :

« Les hauts faits de la couleur, s’ils sont prédominants, sollicitent un éveil sensible : pour les goûter, il faut s’ouvrir sur le dehors, fixer une vibration extérieure à nous, percevoir une qualité du monde phénoménal. Lorsque agit le ‘charme’, la ‘magie’ de la couleur, ce n’est pas l’état de rêve que nous sommes portés à reconnaître immédiatement dans le tableau. Il ne porte pas la trace d’un rêve, mais il nous fait rêver, nous entrons en rêverie : la couleur nous attire en elle. Que cette rêverie, d’abord dominée par l’activité perceptive, se prolonge par un lever de fantasmes, rien ne l’empêche. Un onirisme s’élève, de nature projective, où le spectateur produit son ‘univers’ propre. Le rêve alors, induit par la couleur, fait suite au tableau : il se développe après la rencontre, après la rêverie initiale, dans la dimension du futur. Le tableau est le lieu de passage d’un rêve prospectif, au gré du spectateur » (p. 27)

Parmi les coloristes, Starobinski cite notamment Monet, Matisse et Bonnard ainsi que Rothko.

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Claude Monet (1840-1926), « Bain à la Grenouillère », 73 x 98 cm, 1869, Metropolitan Museum, New York.

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Henri Matisse (1869-1954), « Les Poissons rouges », 146 x 97 cm, 1911, musée Pouchkine, Moscou.

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Pierre Bonnard (1867-1947), « Salle à manger à la campagne », 164 x 205 cm, 1913, Institute of arts, Minneapolis.

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Mark Rothko (1903-1970), « N°61 Rust and Blue », 115 x 92 cm, 1951, musée d’art contemporain de Los Angeles.

Il existe par ailleurs, selon Starobinski, des adeptes du dessin parmi lesquels il cite Raphaël, Michel-Ange, Poussin, Flaxman et les peintres surréalistes.

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Raphaël (1483-1520), « Portrait de Baldassare Castiglione », 82 x 67 cm, 1515, musée du Louvre.

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Michel-Ange (1475-1564), « La Création d’Adam », 280 x 570 cm, 1508-1512, chapelle sixtine, Rome.

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Nicolas Poussin (1594-1665), « La Fuite en Égypte », 97 x 133 cm, 1657, musée des Beaux-arts de Lyon.

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René Magritte (1898-1967), « Les Amants », 54 x 73 cm, 1928, musée d’art moderne, New York.

Après avoir évoqué les coloristes, Starobinski explique la place que peut jouer le rêve chez ces dessinateurs :

« Mais il y a des œuvres où nous croyons que le rêve s’est déposé : il nous semble le reconnaître. Ces œuvres ont le rêve derrière elles : elles en sont le récit pictural. Disons plus : elles nous paraissent en être l’imitation fidèle, comme d’autres images imitent fidèlement les apparences du monde réel. Il est rare que ces images ne confèrent pas à l’espace, aux figures, aux distances, une détermination à la fois précise et incomplète, en rapport oblique et déformé avec l’expérience diurne. les éléments du dessin (contour, parfois perspective) jouent un rôle capital pour susciter la réminiscence inséparable de toute ‘imitation’ : il y a surenchère lorsqu’il s’agit de la réminiscence (ou de la fausse reconnaissance) qui nous fait éprouver le déjà rêvé le déjà vu onirique. Des objets, des figures, des lieux sont représentés, dans le système de relations ‘insolites’ dont nous semble faite l’étoffe de nos rêves » (p. 27-28).

Starobinski évoque aussi une catégorie intermédiaire, celle des coloristes qui « donnent une importance considérable au sujet, au tracé de l’événement », et qui sont donc susceptibles de nous faire nous souvenir de l’ambiance de nos rêves passés. Parmi ces coloristes oniriques, il classe Watteau, Turner, Redon et Gustave Moreau.

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Antoine Watteau (1684-1721), « Les deux cousines », 30 x 36 cm, 1716, musée du Louvre.

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William Turner (1775-1851), « Tempête de neige en mer », 91 x 122 cm, 1842, Tate Britain, Londres.

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Odilon Redon (1840-1916), « Portrait de Violette Heymann », 72 x 93 cm, 1910, musée d’art, Cleveland.

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Gustave Moreau (1826-1898), « Hésiode et la muse », 59 x 35 cm, 1891, musée d’Orsay.

Sans être toujours convaincu par la distinction entre coloristes et dessinateurs, et encore moins par la correspondance entre un penchant pour la couleur ou le dessin et une conception du rêve, on ne peut que reconnaître avec Starobinski que certains tableaux nous poussent à nous livrer à la rêverie alors que d’autres nous replongent plutôt dans des images de rêves qu’on a déjà faits…

« Le goût du rêve » (2010)

Mercredi 24 septembre 2014

Les éditions du Mercure de France ont publié en 2010 une anthologie de textes intitulée Le goût du rêve (116 p.). De nombreux textes de ce volume ont été repris par la suite dans les anthologies sur le thème au programme du BTS publiées par les éditions Hatier, Flammarion et Magnard. On peut cependant signaler, parmi ceux qui n’ont pas ou pas souvent été repris, un texte cauchemardesque de Lautréamont extrait des Chants de Maldoror, un récit de rêve par Marguerite Yourcenar, un éloge du rêve surréaliste par Aragon, un extrait de l’Athalie de Racine, une scène onirique tirée de Nadja de Breton…

http://www.mercuredefrance.fr/livre-Le_go%C3%BBt_du_r%C3%AAve-66-1-1-0-1.html

« L’espace du rêve »

Dimanche 21 septembre 2014

La Nouvelle revue de psychanalyse a publié, en 1972, un numéro consacré à « L’espace du rêve ». Ce numéro est disponible en édition de poche chez Folio. Dans les semaines à venir, on vous proposera un résumé de chacun des textes de ce recueil collectif.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-essais/L-Espace-du-reve

Catherine Millet, « Jour de souffrance », Flammarion, 2008, 265 p.

Lundi 21 juillet 2014

Catherine Millet est une spécialiste de l’art contemporain qui s’est rendue célèbre, en publiant, en 2001, La Vie sexuelle de Catherine M., roman autobiographique évoquant sa sexualité débridée. Dans Jour de souffrance, qui est tout aussi autobiographique, C. Millet explique qu’elle n’a pas échappé, malgré sa propre sexualité libérée, à une jalousie dévorante envers son compagnon.  Ce qui peut s’avérer intéressant, pour le BTS, c’est la tendance de l’auteur à la rêverie. Le deuxième chapitre du livre s’intitule « Rêves éveillés » et évoque à plusieurs reprises le rôle important des rêves et des rêveries. Notons d’ailleurs que C. Millet a récemment publié un autre livre intitulé Une enfance de rêve qui pourrait aussi être utile pour le BTS.

Quelques extraits de Jour de souffrance :

  « Tels sont les paradoxes dont s’arrange notre conscience pour nous permettre de vivre nos propres contradictions : tandis que certains rêves imprègnent si bien notre réalité qu’ils s’y incrustent au même titre que des faits avérés, notre esprit au contraire nous fait éprouver certains moments de la vie présente comme détachés à ce point de notre cadre quotidien qu’on les croirait facilement rêvés, ou déjà appartenir au passé, ce qui nous autorise de ne pas les traiter avec plus d’importance que s’il s’agissait en effet de chimères ou de vieux souvenirs » (p. 66).

« Quelle place occupent dans notre affectivité deux heures de caresses échangées à la sauvette en regard des journées qu’étire l’anticipation cent fois recommencée de ce moment ? N’est-ce pas d’ailleurs l’insuffisance des faits réels qui réclame par compensation que l’on étoffe les rêves ? Dans ces conditions, le temps qui passe, c’est-à-dire la succession des faits qui constituent la vie réellement vécue, loin d’épuiser l’attente et d’enfouir sous ses propres sédiments les créations imaginaires, favorise au contraire leur prolifération, si bien que le rêveur éveillé, pas plus que le dormeur cloîtré dans les rêves nocturnes, n’a conscience du temps. Et ce n’est certainement pas par une prise de conscience du temps que, un jour, il sort de sa rêverie. Pas plus un événement qui le secoue. Comme le petit chat qui est venu se cramponner sur notre ventre pour y pattonner pendant de longues minutes, appliqué et obstiné dans son plaisir, sans que nous ayons bougé ni qu’il y ait eu un bruit, se redresse, s’étire et s’enfuit au loin pour répondre à un appel inaudible pour nous, notre désir quitte son objet. Aucun signe ne nous a prévenus de ce détachement » (p. 69-70)

« Les imaginatifs passent beaucoup de caps sur leur esquif volatil avant qu’une tempête bien réelle ne les fasse chavirer. Quand les autres se heurtent à des obstacles ou calculent la route qui leur permettra de les contourner, eux trouvent sans détour le passage qui les fera glisser dans le rêve, – et le temps que le rêve s’achève, l’obstacle sera peut-être déjà loin. N’ayant pas à lutter, ils n’abandonnent rien de ces rêves, ne cèdent rien de leurs désirs, et gardent la crédulité de l’enfance devant leurs visions » (p. 70).

Catherine Millet,

« Le Rêve » d’Emile Zola

Mardi 1 juillet 2014

Malgré son titre, Le Rêve (1888) d’Émile  Zola (1840-1902) n’est pas mentionné dans la bibliographie du BTS. C’est probablement dû au fait que ce roman, très atypique dans l’oeuvre de son auteur, est largement oublié de nos jours, après avoir connu un grand succès populaire à la fin du dix-neuvième siècle.

Le Rêve raconte l’histoire d’Angélique, jeune orpheline recueillie par un couple de brodeurs vivant à l’ombre d’une cathédrale, dans une petite ville de Picardie. Adolescente rêveuse, Angélique se plonge dans les histoires de saintes du Moyen Âge et s’imagine défendue par de vertueux chevaliers. Elle tombe amoureuse de Félicien, un jeune ouvrier qui s’avère en fait descendre d’une très noble famille. Ainsi semble s’accomplir le plus cher des rêves d’Angélique…

Le thème du rêve apparaît souvent dans le roman, parfois à propos de rêves qu’Angélique fait en dormant, mais surtout au sujet de ses aspirations amoureuses, profondément influencées par ses lectures. Cependant, comme l’avaient remarqué de nombreux critiques à la publication du roman, l’histoire peine beaucoup à convaincre. Les passages sur la broderie paraissent interminables, la psychologie des personnages semble sommaire. Surtout, les aspirations des personnages et le style de Zola dans ce livre risquent de déconcerter les élèves de BTS.

Il est donc tout à fait possible de lire ce livre et de le citer dans l’épreuve d’écriture personnelle du BTS, mais ce n’est vraiment pas le roman à lire en priorité pour aborder le thème du rêve. Il est plutôt à réserver aux inconditionnels de Zola…

Léonor de Récondo, « Rêves oubliés », Points-Seuil, 2012, 185 p.

Samedi 14 juin 2014

Léonor de Récondo est une musicienne et romancière française née en 1976. Elle a publié Rêves oubliés en 2012. Il s’agit plus d’un récit que d’un véritable roman. On y suit de l’intérieur les péripéties d’une famille basque espagnole contrainte de s’exiler en France, à la fin des années 1930, pour fuir la guerre civile qui ravage l’Espagne. On accompagne les personnages d’Aranjuez aux Landes en passant par Irun et Hendaye, ainsi que par le sinistre camp de Gurs, en partageant leurs angoisses et leurs espoirs. L’ensemble se lit vite et sans déplaisir : ce n’est pas pour rien que le livre a reçu le « Prix du meilleur roman » des lecteurs de la collection Points des éditions du Seuil. Mais la brièveté du roman, le caractère assez éthéré de la prose de l’auteur rendent l’ensemble un peu désincarné : on commence juste à bien individualiser les personnages que le roman touche déjà à sa fin. Quant aux « rêves oubliés » du titre, ils apparaissent bien peu dans le texte du livre. Un roman pas désagréable à lire et loin d’être inutile pour enrichir son style, mais pas facile à citer dans l’épreuve d’écriture personnelle du BTS.

Léonor de Récondo,

Arthur Schnitzler, « La Nouvelle rêvée », 1926

Mardi 10 juin 2014

La Nouvelle rêvée est un bref récit de l’écrivain autrichien Arthur Schnitzler (1862-1931). Ce texte a été publié en 1926. Il raconte 24 heures de la vie d’un couple de la bourgeoisie viennoise, Fridolin et Albertine. Les deux époux commettent l’imprudence de se raconter mutuellement qu’ils ont failli se montrer infidèles l’un envers l’autre. Fridolin prend très mal la révélation de sa femme et accueille favorablement toutes les occasions de passer à l’acte en la trompant. Or, ces occasions sont très nombreuses : en quelques heures d’une nuit très mystérieuse, Fridolin croise des jeunes filles fragiles et des prostituées, avant de participer à un bal masqué qui semble tourner à l’orgie ou à la messe noire…

En une centaine de pages, Schnitzler parvient dans La Nouvelle rêvée à évoquer le désarroi d’un couple face aux pulsions sexuelles, en laissant toujours le lecteur dans le doute quant à ce qui arrive à Fridolin dont on se demande s’il rêve ou s’il vit véritablement ses très étranges aventures… On peut rapprocher ce texte des théories sur le rêve de Freud qui vivait à Vienne, dans le même milieu intellectuel que Schnitzler, et qui est l’auteur de L’Interprétation des rêves (1899).

A noter que cette nouvelle a fait l’objet d’une brillante adaptation cinématographique de la part de Stanley Kubrick, en 1999, sous le titre Eyes wide shut. 

Arthur Schnitzler,

Arthur Schnitzler, « La Nouvelle rêvée », Le Livre de Poche, 1991, 190 p.

Ci-dessous, la bande annonce du film de Stanley Kubrick qui se conclut, en version originale, par les mots « It’s only a dream… » :

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