Archive pour août 2017

« Body art » et « Land art »

Lundi 28 août 2017

Souvent confus quand il aborde les sujets historiques (d’après lui Jésus serait un personnage de fiction…), parfois franchement pénible quand il intervient à la télé ou répond à bâtons rompus aux questions de ses fans, le philosophe Michel Onfray reste très intéressant à écouter quand il donne des conférences à l’université de Caen. On peut écouter ci-dessous deux leçons consacrées à des thèmes éventuellement utiles pour l’épreuve de BTS. Dans la première, il aborde largement le body art, de manière très pédagogique. Dans la seconde, il évoque le land art, en faisant un détour par Jérôme Bosch et Arcimboldo.

https://www.youtube.com/watch?v=doQfALqqSB4

https://www.youtube.com/watch?v=OcBbBQrMApo

« Cheveux chéris »

Lundi 28 août 2017

Cheveux

Le musée du Quai Branly a présenté en 2012-2013 une très intéressante exposition intitulée Cheveux chéris. Frivolités et trophées. Il y était question des cheveux dans toutes les civilisations et sous toutes les formes, longs ou courts, bruns ou blonds, naturels ou artificiels, cachés ou exhibés… A lire ci-dessous, le dossier de presse de cette exposition :

http://www.quaibranly.fr/uploads/tx_gayafeespacepresse/MQB_CP_CHEVEUX_CHERIS.pdf

« A history of violence » et « Prisoners »

Lundi 28 août 2017

A history of violence est un film de David Cronenberg sorti en 2005. On suit au départ du film une famille qui vit un bonheur idyllique, les parents sont très amoureux, leurs enfants sont épanouis, leur maison est belle, tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes. C’est l’American way of life dans toute sa splendeur en plein cœur du Midwest. En apparence en tous cas. Car, confronté un jour à un braquage violent, le père de cette famille idéale fait preuve de surprenants réflexes, dignes d’un tueur à gages… Le film montre très subtilement le basculement dans la violence et les ravages qu’elle produit au sein d’une famille apparemment si unie.

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Dans Prisoners (2013), où on retrouve l’actrice Maria Bello (la femme du « héros » dans A history of violence), on suit le destin d’une famille de Pennsylvanie dont les deux filles disparaissent, probablement victimes d’un kidnapping. Le père (Hugh Jackman) est naturellement bouleversé et s’acharne sur un jeune homme d’abord suspecté de l’enlèvement puis rapidement relâché par la police : tous les moyens semblent dès lors bons au père de famille désespéré pour faire avouer au seul coupable possible à ses yeux la vérité sur la disparition des petites filles. Un film qui peut mettre le spectateur mal à l’aise mais l’oblige, comme le film de Cronenberg, à réfléchir à son rapport à la violence…

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« Les Proies »

Lundi 28 août 2017

On peut voir au cinéma en ce moment le film de Sofia Coppola Les Proies. Ce film se déroule aux Etats-Unis en 1864, c’est-à-dire pendant la guerre de Sécession. Le pensionnat de jeunes filles de Martha Farnsworth (Nicole Kidman) est situé en Virginie, dans le camp confédéré sudiste, tout près de la ligne de front. La directrice essaye tant bien que mal de maintenir la discipline parmi les cinq jeunes filles qui sont encore pensionnaires de son institution, avec l’aide de son assistante Edwina. Le jour où cette communauté féminine recueille un soldat nordiste blessé, le fragile équilibre de ce quotidien miraculeusement préservé bascule dans le chaos : femmes et filles s’amourachent du beau caporal (Colin Farrell) au point que la zizanie s’installe… Comme souvent dans les films de S. Coppola, l’homme est apparemment central mais en fait secondaire, ce qui intéresse surtout la réalisatrice, c’est la reconstitution minutieuse du quotidien d’un groupe de femmes et la transformation des jeunes filles en jeunes femmes. Malgré quelques longueurs, le film peut permettre d’aborder le rapport entre l’extraordinaire (la guerre, l’irruption d’une présence masculine au sein d’un groupe de femmes…) et l’ordinaire (les routines d’une communauté autarcique, le calme immuable d’un somptueux domaine en marge de la guerre…).

« Mr. and Mrs. Smith »

Lundi 28 août 2017

Mr. and Mrs Smith est un film de 2005 dans lequel jouaient Brad Pitt et Angelina Jolie. Les deux acteurs incarnaient un couple apparemment normal mais en fait complètement dysfonctionnel, le mari et la femme appartenant chacun de son côté, à l’insu de l’autre, à une organisation secrète criminelle. Le film montrait habilement quoique de manière caricaturale le basculement entre le quotidien et l’extraordinaire.

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« Quoi, mon corps ? ! »

Vendredi 25 août 2017

Neon

Pour reprendre tranquillement le travail après les vacances et progresser dans l’étude du deuxième thème au programme de l’épreuve de culture générale du BTS, on peut se pencher sur le magazine Neon dont le numéro d’août 2017 (106 p., 3,70 €) contient un dossier intitulé « Quoi, mon corps ? ! ». Il y est question de chirurgie esthétique, de tatouages, d’épilation intégrale, de chevelure, de fesses, de nudité et d’obésité, le tout de manière assez légère voire superficielle… L’article qui introduit le dossier recoupe cependant certains des thèmes abordés par le texte de référence du Bulletin officiel car il évoque l’uniformisation croissante des corps, les discriminations fondées sur le corps, les tentatives de se singulariser corporellement ou d’assumer un corps différent…

Beth Ditto

La chanteuse du groupe Gossip, Beth Ditto, à la une du magazine musical anglais « NME », en mai 2007

« Vernon Subutex » de Virginie Despentes

Lundi 21 août 2017

Subutex 1

Virginie Despentes a publié en 2015 les deux premiers volumes d’une trilogie intitulée Vernon Subutex. Dans le premier volume, on suit la chute de Vernon Subutex, disquaire parisien d’une quarantaine d’années, ruiné par le déclin du marché du disque au début du troisième millénaire. Après avoir fermé boutique, Subutex survit grâce à l’aide d’Alex Bleach, un de ses anciens clients devenus rock star. Après la mort de Bleach, Subutex n’a plus de ressources, il est expulsé de son appartement et doit dès lors demander l’hospitalité à ses anciens amis, amis qui sont presque tous d’anciens clients de sa boutique à son époque de gloire. Entre-temps, certains sont morts ou ont sombré dans la drogue, d’autres se sont embourgeoisés, reniant leurs idéaux de jeunesse. Très peu ont vraiment l’intention ou la possibilité d’aider Subutex, lequel finit donc SDF. Mais Subutex est parti avec une cassette enregistrée par Bleach juste avant sa mort… Dans le deuxième volume, Subutex s’installe avec d’autres SDF dans le parc des Buttes Chaumont, où il croise certains de ses amis en quête des enregistrements de Bleach. Petit à petit, un groupe se constitue autour de Subutex qui, malgré son absence de charisme et son hygiène franchement douteuse, devient un DJ tout à fait exceptionnel, peu à peu considéré comme un véritable guide spirituel par tous ceux qui croisent sa route.

Les livres de Virginie Despentes sont d’une construction très sophistiquée. Mais ce qui en fait surtout l’intérêt, c’est la grande acuité psychologique du portrait des nombreux personnages, dressant un tableau au vitriol de la France des années 1985-2010, entre punk rock et déglingue sociale.

Subutex 2

Les deux livres sont très prenants, le premier est très sombre et le second un peu moins. L’ensemble est abordable, même pour des élèves qui ne seraient pas de grands lecteurs. 

Ci-dessous, le tout début de Vernon Subutex 1 où l’antihéros de V. Despentes vit déjà un quotidien difficile, préfigurant sa future vie de SDF :

« Les fenêtres de l’immeuble d’en face sont déjà éclairées. Les silhouettes des femmes de ménage s’agitent dans le vaste open space de ce qui doit être une agence de communication. Elles commencent à six heures. D’habitude, Vernon se réveille un peu avant qu’elles arrivent. Il a envie d’un café serré, d’une cigarette à filtre jaune, il aimerait se griller une tranche de pain et déjeuner en parcourant les gros titre du Parisien sur son ordinateur.

Il n’a pas acheté de café depuis des semaines. Les cigarettes qu’il roule en éventrant les mégots de la veille sont si fines que c’est comme tirer sur du papier. Il n’y a rien à manger dans ses placards. Mais il a conservé son abonnement à Internet. Le prélèvement se fait le jour où tombe l’allocation logement. Depuis quelques mois, elle est versée directement au propriétaire, mais c’est quand même passé jusque là. Pourvu que ça dure ».

Et, dans l’extrait qui suit, à la fin de Vernon Subutex 2, le personnage se rend compte, au cours d’une fête en Corse, qu’il est en train de devenir une sorte de gourou pour tous les gens qu’il fait danser grâce à ses extraordinaires talents de DJ :

« Et puis plus tard, un long silence. Il lance les sons alpha d’Alex. Il prend son temps. Avec la réverb, dans la chapelle, ça se lève tout de suite. Toujours dans l’obscurité, la pureté du son. Bootsy Collins. I’d rather be with you. Des silhouettes se détachent et forment des grappes éphémères. La Hyène est presque immobile quand elle danse, sauf ce léger mouvement des hanches. La plupart des corps ne bougent pas encore. Beaucoup sont restés allongés. Il croise le regard de Pamela. Il établit le contact avec les absents. Mentalement, il cherche les parois mobiles – les passages secrets dans le temps et le solide des choses. Des volutes de lumière de lune s’ouvrent entre les gens. Et comme souvent la nuit, il voit la longue silhouette d’Alex, géante dans la pépinière d’étoiles, qui se penche sur eux et qui les observe, souffle doucement sur le sol, en souriant. Tout autour des vivants dansent les morts et les invisibles, les ombres se confondent et ses yeux se ferment. Autour de lui, le mouvement est déclenché. Ça commence. Il les fait tous danser ».

« La Totale »/«True lies »

Vendredi 18 août 2017

En 1991 sortait en France La Totale comédie sympathique sur un couple de bourgeois bien tranquilles dont chaque membre mène en fait une double vie, le mari (Thierry Lhermitte) étant agent secret à l’insu de sa femme (jouée par Miou-Miou). Le film montrait de manière caricaturale mais efficace à quel point il était difficile de concilier une vie ordinaire et un métier extraordinaire (du point de vue du mari-agent secret) et aussi à quel point il était difficile de se satisfaire d’une vie de mère au foyer bourgeoise (du point de vue de sa femme).

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Quelques années plus tard, un remake hollywoodien était réalisé sous le titre Trues lies, avec Arnold Schwarzeneger et Jamie Lee Curtis dans les deux rôles principaux. Plutôt meilleur que l’original, ce film reprenait les quiproquo comiques nés de la confrontation entre un quotidien ordinaire et la tentation de mener une vie extraordinaire.

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L’enfer quotidien

Vendredi 18 août 2017

Quand elle prend une forme maladive et obsessionnelle, la jalousie peut complètement pourrir le quotidien d’un couple. C’est ce que montre le film de Claude Chabrol de 1994 intitulé L’Enfer. Inspiré d’un film resté inachevé d’Henri-Georges Clouzot, de 1964, L’Enfer de Chabrol nous montre un personnage incarné par François Cluzet sombrant peu à peu dans la folie par jalousie envers sa femme, jouée par Emmanuelle Béart.

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A écouter aussi ci-dessous, une chanson de 1995 justement intitulée Diary hell :

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« L’étranger » et « La Peste » d’Albert Camus

Jeudi 17 août 2017

Albert Camus est mort en 1960, à l’âge de 47 ans. Il avait auparavant eu le temps d’écrire des essais, des pièces de théâtre et des romans qui lui ont valu d’obtenir le prix Nobel en 1957. Parmi ses romans, qui sont d’ailleurs souvent étudiés au lycée, deux peuvent s’avérer intéressants pour aborder le thème de l’extraordinaire.

C’est en effet le cas de L’Etranger (1942) dont la première page très célèbre nous montre le narrateur, Meursault, complètement insensible à la mort de sa mère, incapable de faire face à cet événement extraordinaire :

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : ‘Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.’ Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier. L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger. Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J’ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n’avait pas l’air content. Je lui ai même dit : ‘Ce n’est pas de ma faute.’ II n’a pas répondu. J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n’avais pas à m’excuser. C’était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment, c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle. »

Camus

On peut aussi penser à La Peste, roman publié en 1947 et dans lequel la ville d’Oran doit faire face à une épidémie de peste. Dans le célèbre extrait ci-dessous, le docteur Rieux est témoin de la mort d’un rat, événement assez banal mais dont le lecteur comprend bien, et pas seulement à cause du titre du roman, qu’il est tout sauf ordinaire…

« Le matin du 16 avril, le docteur Bernard Rieux sortit de son cabinet et buta sur un rat mort, au milieu du palier. Sur le moment, il écarta la bête sans y prendre garde et descendit l’escalier. Mais, arrivé dans la rue, la pensée lui vint que ce rat n’était pas à sa place et il retourna sur ses pas pour avertir le concierge. Devant la réaction du vieux M. Michel, il sentit mieux ce que sa découverte avait d’insolite. La présence de ce rat mort lui avait paru seulement bizarre tandis que, pour le concierge, elle constituait un scandale. La position de ce dernier était d’ailleurs catégorique : il n’y avait pas de rats dans la maison. Le docteur eut beau l’assurer qu’il y en avait un sur le palier du premier étage, et probablement mort, la conviction de M. Michel restait entière. Il n’y avait pas de rats dans la maison, il fallait donc qu’on eût apporté celui-ci du dehors. Bref, il s’agissait d’une farce.

Le soir même, Bernard Rieux, debout dans le couloir de l’immeuble, cherchait ses clefs avant de monter chez lui, lorsqu’il vit surgir, du fond obscur du corridor, un gros rat à la démarche incertaine et au pelage mouillé. La bête s’arrêta, sembla chercher un équilibre, prit sa course vers le docteur, s’arrêta encore, tourna sur elle-même avec un petit cri et tomba enfin en rejetant du sang par les babines entrouvertes. Le docteur la contempla un moment et remonta chez lui. »

La Peste

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