Histoire du devoir de mémoire

Ci-dessous, un résumé (à 10 % de sa longueur initiale) de l’article « Qui a inventé le devoir de mémoire ? » de Sébastien Ledoux (L’Histoire, n°419, janvier 2016).

On considère souvent, d’après certaines publications du milieu des années 1980, que la notion de « devoir de mémoire » a été inventée par les survivants des camps de la Deuxième Guerre mondiale. Mais ceux qui ont échappé à l’extermination n’ont en réalité pas été les premiers à utiliser l’expression. Ce sont en fait des écrivains, spécialistes de littérature et psychanalystes qui y ont initialement eu recours à partir de 1972. Et s’ils ont abondamment fait appel à l’idée de devoir de mémoire pendant les années 1970, ils l’ont fait avant tout parce que la mémoire était un thème porteur à cette poque et non en référence aux années 1939-1945. Le concept de « devoir de mémoire » est resté très à la mode dans les différentes sciences humaines pendant toute la première partie des années 1980 sans jamais, cependant, devenir véritablement populaire. C’est en fait vers 1985 que l’idée de devoir appliquée à la mémoire semble s’être imposée au détriment de la notion de « souvenir ». Et c’est aussi vers cette époque que le « devoir de mémoire » a commencé à être étroitement associé au génocide des Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale. Dans la première moitié des années 1990, on a jugé les criminels de guerre encore vivants, commémoré les déportations, voté des lois reconnaissant officiellement le génocide des Juifs, désormais appelé de plus en plus souvent « Shoah ». Cinquante après les faits, le « devoir de mémoire » devenait ainsi un véritable sujet de société. La deuxième partie des années 1990 a été marquée par la poursuite des procès contre les organisateurs des déportations et elle a vu la France reconnaître officiellement sa responsabilité dans ce domaine, ce qui s’est traduit par l’indemnisation des victimes mais aussi par le développement d’activités pédagogiques concernant le « devoir de mémoire ». Vers la fin de la décennie, la notion a été appliquée à d’autres périodes historiques, très récentes ou, au contraire, beaucoup plus anciennes que la Deuxième Guerre mondiale. Des groupes de pression ont revendiqué que la mémoire de certaines communautés soit reconnue au même titre que celle des Juifs victimes du génocide. Ces initiatives ont suscité le scepticisme des historiens : la plupart d’entre eux pensent que le « devoir de mémoire » est une notion ambiguë pouvant déboucher sur des manipulations de l’histoire. Et, à partir de 2005, des hommes politiques ont en effet donné l’impression de vouloir détourner à leur profit certaines activités pédagogiques liées aux questions mémorielles relatives à la Deuxième Guerre mondiale. Depuis son invention au début des années 1970, le « devoir de mémoire » a donc beaucoup évolué et s’est largement diffusé, mais il est loin de faire consensus puisque on l’accuse de favoriser le communautarisme mémoriel, suscitant la division plutôt que l’unité.

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Une réponse à “Histoire du devoir de mémoire”

  1. Munier Lise dit :

    Je souhaite m’inscrire à cet te

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