W. Benjamin, « L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique », Allia, 2013 [1935], 94 p.

Walter Benjamin est un philosophe allemand, né en 1892, qui s’est suicidé en France en 1940, pour échapper aux Nazis. Il s’est intéressé à l’histoire de l’art, à la littérature, etc. On lui doit une Petite histoire de la photographie (1931). Mais son texte le plus célèbre est L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique (1935), livre qui figure dans la bibliographie du thème « Ces objets qui nous envahissent… ». W. Benjamin y étudie l’impact des nouveaux médias visuels sur les spectateurs des œuvres d’art ; il se demande notamment si la photographie et le cinéma ont modifié l’aura des œuvres.

W. Benjamin,

L’œuvre d’art… est court et très dense, probablement trop dense pour pouvoir être lu avec profit par la plupart des élèves de BTS. Les notes sont presque aussi longues que le texte proprement dit et on trouve même des notes dans les notes ce qui en dit long sur la complexité du propos du philosophe. Par ailleurs, la traduction assez lourde récemment publiée aux éditions Allia ne contribue pas vraiment à la lisibilité d’un texte qui accumule à l’excès les longues phrases savamment construites, selon une tradition propre à la philosophie allemande.

Dans l’ensemble, on ne saurait vraiment conseiller à des élèves de BTS, sauf s’ils ont suivi de nombreux cours de philosophie, la lecture d’un tel livre, certes court mais qui peut s’avérer très vite décourageant.

Citons cependant ci-dessous deux extraits à peu près abordables relatifs aux objets et, concernant l’autre thème au programme, le rêve, un passage décrivant le cinéma comme un médium onirique :

« [...] ce qui s’étiole de l’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, c’est son aura. Le processus est symptomatique ; sa portée déborde la sphère de l’art. La technique de reproduction – ainsi la désigne-t-on généralement – détache l’objet reproduit du cadre de la tradition. En multipliant les reproductions, elle remplace l’autorité de sa présence unique par une existence en masse. Et en autorisant la reproduction future à entrer en contact avec le récepteur à l’endroit où il se trouve, elle actualise l’objet reproduit ». (p. 22)

L.H.O.O.Q dans Ancien thème (2015-2016) :

Marcel Duchamp (1887-1955), « LHOOQ », dessin au crayon sur une carte postale de « La Joconde », 20 x 12 cm, 1919.

« Chaque jour se fait plus irrésistiblement sentir le besoin de rendre l’objet possédable par une proximité toujours plus intime, dans une image, mieux, dans une illustration, dans sa reproduction. Et il est évident que la reproduction, telle que le journal illustré et les actualités hebdomadaires la mettent à disposition, se distingue de l’image. Unicité et durée sont dans celle-ci étroitement imbriquées, autant que la fugacité et le caractère répétitif le sont dans la reproduction ». (p. 26)

Martin-Parr-MEP-Paris dans Fiches de lecture

Martin Parr (né en 1952), « Grand Paris » [spectateurs photographiant "La Joconde"]

« C’est là qu’intervient la caméra, avec ses propres ressources, ses plongées, ses coupes et plans de détail, ses plans longs et courts, sa capacité d’agrandissement et de réduction. A travers elle, nous faisons pour la première fois l’expérience de l’inconscient optique comme, par la psychanalyse, celle de l’inconscient pulsionnel. En outre, il existe les plus étroites connexions entre ces deux formes d’inconscient. Car les nombreux aspects que les appareils d’enregistrement peuvent gagner sur la réalité ne résident, pour la plupart, qu’en dehors du spectre normal de la perception sensorielle. De nombreuses déformations et stéréotypes, de métamorphoses et catastrophes qui peuvent atteindre le monde de l’optique au cinéma, l’affectent de fait dans les psychoses, les hallucinations et les rêves. Ainsi, ces types de procédés propres à la caméra sont autant de procédures grâce auxquelles la perception collective peut s’approprier les formes perceptives singulières du psychotique ou du rêveur. Le cinéma a ouvert une brèche dans l’antique vérité d’Héraclite – selon laquelle les éveillés ont un monde commun et les dormeurs chacun le leur ». (p. 77)

Laisser un commentaire