Catherine Millet, « Jour de souffrance », Flammarion, 2008, 265 p.

Catherine Millet est une spécialiste de l’art contemporain qui s’est rendue célèbre, en publiant, en 2001, La Vie sexuelle de Catherine M., roman autobiographique évoquant sa sexualité débridée. Dans Jour de souffrance, qui est tout aussi autobiographique, C. Millet explique qu’elle n’a pas échappé, malgré sa propre sexualité libérée, à une jalousie dévorante envers son compagnon.  Ce qui peut s’avérer intéressant, pour le BTS, c’est la tendance de l’auteur à la rêverie. Le deuxième chapitre du livre s’intitule « Rêves éveillés » et évoque à plusieurs reprises le rôle important des rêves et des rêveries. Notons d’ailleurs que C. Millet a récemment publié un autre livre intitulé Une enfance de rêve qui pourrait aussi être utile pour le BTS.

Quelques extraits de Jour de souffrance :

  « Tels sont les paradoxes dont s’arrange notre conscience pour nous permettre de vivre nos propres contradictions : tandis que certains rêves imprègnent si bien notre réalité qu’ils s’y incrustent au même titre que des faits avérés, notre esprit au contraire nous fait éprouver certains moments de la vie présente comme détachés à ce point de notre cadre quotidien qu’on les croirait facilement rêvés, ou déjà appartenir au passé, ce qui nous autorise de ne pas les traiter avec plus d’importance que s’il s’agissait en effet de chimères ou de vieux souvenirs » (p. 66).

« Quelle place occupent dans notre affectivité deux heures de caresses échangées à la sauvette en regard des journées qu’étire l’anticipation cent fois recommencée de ce moment ? N’est-ce pas d’ailleurs l’insuffisance des faits réels qui réclame par compensation que l’on étoffe les rêves ? Dans ces conditions, le temps qui passe, c’est-à-dire la succession des faits qui constituent la vie réellement vécue, loin d’épuiser l’attente et d’enfouir sous ses propres sédiments les créations imaginaires, favorise au contraire leur prolifération, si bien que le rêveur éveillé, pas plus que le dormeur cloîtré dans les rêves nocturnes, n’a conscience du temps. Et ce n’est certainement pas par une prise de conscience du temps que, un jour, il sort de sa rêverie. Pas plus un événement qui le secoue. Comme le petit chat qui est venu se cramponner sur notre ventre pour y pattonner pendant de longues minutes, appliqué et obstiné dans son plaisir, sans que nous ayons bougé ni qu’il y ait eu un bruit, se redresse, s’étire et s’enfuit au loin pour répondre à un appel inaudible pour nous, notre désir quitte son objet. Aucun signe ne nous a prévenus de ce détachement » (p. 69-70)

« Les imaginatifs passent beaucoup de caps sur leur esquif volatil avant qu’une tempête bien réelle ne les fasse chavirer. Quand les autres se heurtent à des obstacles ou calculent la route qui leur permettra de les contourner, eux trouvent sans détour le passage qui les fera glisser dans le rêve, – et le temps que le rêve s’achève, l’obstacle sera peut-être déjà loin. N’ayant pas à lutter, ils n’abandonnent rien de ces rêves, ne cèdent rien de leurs désirs, et gardent la crédulité de l’enfance devant leurs visions » (p. 70).

Catherine Millet,

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