« La Totale »/«True lies »

18 août 2017

En 1991 sortait en France La Totale comédie sympathique sur un couple de bourgeois bien tranquilles dont chaque membre mène en fait une double vie, le mari (Thierry Lhermitte) étant agent secret à l’insu de sa femme (jouée par Miou-Miou). Le film montrait de manière caricaturale mais efficace à quel point il était difficile de concilier une vie ordinaire et un métier extraordinaire (du point de vue du mari-agent secret) et aussi à quel point il était difficile de se satisfaire d’une vie de mère au foyer bourgeoise (du point de vue de sa femme).

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Quelques années plus tard, un remake hollywoodien était réalisé sous le titre Trues lies, avec Arnold Schwarzeneger et Jamie Lee Curtis dans les deux rôles principaux. Plutôt meilleur que l’original, ce film reprenait les quiproquo comiques nés de la confrontation entre un quotidien ordinaire et la tentation de mener une vie extraordinaire.

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L’enfer quotidien

18 août 2017

Quand elle prend une forme maladive et obsessionnelle, la jalousie peut complètement pourrir le quotidien d’un couple. C’est ce que montre le film de Claude Chabrol de 1994 intitulé L’Enfer. Inspiré d’un film resté inachevé d’Henri-Georges Clouzot, de 1964, L’Enfer de Chabrol nous montre un personnage incarné par François Cluzet sombrant peu à peu dans la folie par jalousie envers sa femme, jouée par Emmanuelle Béart.

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A écouter aussi ci-dessous, une chanson de 1995 justement intitulée Diary hell :

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« L’étranger » et « La Peste » d’Albert Camus

17 août 2017

Albert Camus est mort en 1960, à l’âge de 47 ans. Il avait auparavant eu le temps d’écrire des essais, des pièces de théâtre et des romans qui lui ont valu d’obtenir le prix Nobel en 1957. Parmi ses romans, qui sont d’ailleurs souvent étudiés au lycée, deux peuvent s’avérer intéressants pour aborder le thème de l’extraordinaire.

C’est en effet le cas de L’Etranger (1942) dont la première page  très célèbre nous montre le narrateur, Meursault, complètement insensible à la mort de sa mère, incapable de faire face à cet événement extraordinaire :

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : ‘Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.’ Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier. L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger. Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J’ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n’avait pas l’air content. Je lui ai même dit : ‘Ce n’est pas de ma faute.’ II n’a pas répondu. J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n’avais pas à m’excuser. C’était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment, c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle. »

Camus

On peut aussi penser à La Peste, roman publié en 1947 et dans lequel la ville d’Oran doit faire face à une épidémie de peste. Dans le célèbre extrait ci-dessous, le docteur Rieux est témoin de la mort d’un rat, événement assez banal mais dont le lecteur comprend bien, et pas seulement à cause du titre du roman, qu’il est tout sauf ordinaire…

« Le matin du 16 avril, le docteur Bernard Rieux sortit de son cabinet et buta sur un rat mort, au milieu du palier. Sur le moment, il écarta la bête sans y prendre garde et descendit l’escalier. Mais, arrivé dans la rue, la pensée lui vint que ce rat n’était pas à sa place et il retourna sur ses pas pour avertir le concierge. Devant la réaction du vieux M. Michel, il sentit mieux ce que sa découverte avait d’insolite. La présence de ce rat mort lui avait paru seulement bizarre tandis que, pour le concierge, elle constituait un scandale. La position de ce dernier était d’ailleurs catégorique : il n’y avait pas de rats dans la maison. Le docteur eut beau l’assurer qu’il y en avait un sur le palier du premier étage, et probablement mort, la conviction de M. Michel restait entière. Il n’y avait pas de rats dans la maison, il fallait donc qu’on eût apporté celui-ci du dehors. Bref, il s’agissait d’une farce.

Le soir même, Bernard Rieux, debout dans le couloir de l’immeuble, cherchait ses clefs avant de monter chez lui, lorsqu’il vit surgir, du fond obscur du corridor, un gros rat à la démarche incertaine et au pelage mouillé. La bête s’arrêta, sembla chercher un équilibre, prit sa course vers le docteur, s’arrêta encore, tourna sur elle-même avec un petit cri et tomba enfin en rejetant du sang par les babines entrouvertes. Le docteur la contempla un moment et remonta chez lui. »

La Peste

« La Gifle »

17 août 2017

La Gifle (The Slap en vo) est une série australienne de 2011. Elle raconte l’histoire d’un barbecue en famille qui dégénère après qu’un des invités ait mis une gifle au fils d’un couple de ses amis. Bien qu’elle ait été légère et en partie méritée, cette gifle suscite aussitôt la réprobation des participants de la fête, certains sont même scandalisés et il est rapidement question d’un procès. Au cours des huit épisodes de la série, chacun consacré à un des participants du barbecue, on suit de huit points de vue différents l’épisode de la gifle et les jours qui ont précédé, et on comprend dès lors que cette gifle n’a pas été un accident, mais qu’elle était presque inévitable compte tenu des tensions et des secrets existant au sein d’un cercle familial pourtant très soudé en apparence.

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« Que dios nos perdone »

16 août 2017

On peut voir au cinéma en ce moment un très bon polar espagnol intitulé Que Dios nos perdone. L’action se déroule à Madrid, en plein été 2011, pendant les journées mondiales de la jeunesse. On suit une équipe composée de deux inspecteurs borderline : le premier est un colosse porté sur la boisson et qui peine à contrôler ses pulsions violentes, l’autre est bègue et un peu autiste tout en ayant des dons de profiler hors du commun. A quelques jours de l’arrivée du pape dans la ville, on les charge d’enquêter sans faire de vagues sur la mort d’une vieille dame, tombée dans les escaliers après avoir été cambriolée, mais il s’avère qu’elle aurait aussi été violée et que son assassin pourrait être un serial killer.

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Dans le même genre, on peut citer La Isla minima, autre excellent polar espagnol de 2015. Dans ce film, un duo d’enquêteurs usant de méthodes peu conventionnelles est chargé d’enquêter sur l’assassinat de jeunes filles dans une communauté andalouse, peu après la fin de la période franquiste.

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On peut aussi mentionner, pour les amateurs de polars hispaniques, le très bon film argentin En sus ojos (2010) qui confronte là encore un enquêteur à d’extraordinaires faits divers. 

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« L’Empire des sens »

12 août 2017

On peut voir en ce moment au cinéma une réédition de L’Empire des sens, film du Japonais Nagisa Oshima de 1976. Il s’agit d’un film extraordinaire sur un sujet extraordinaire. Dans le Japon impérialiste des années 1930, une jeune prostituée de Tokyo, Sada, se retrouve obligée de servir comme domestique pour rembourser les dettes de son souteneur. Le séduisant maître de la maison où elle travaille désormais s’appelle Kichizo et, connaissant le passé de Sada, il la provoque, mais celle-ci refuse dans un premier temps de céder à ses avances car elle est très timide. Elle est cependant obligée de se laisser faire et y prend goût, ce qui marque le début d’une histoire d’amour et d’une extraordinaire frénésie sexuelle puisque, dès lors, les deux personnages passent presque tout leur temps à faire l’amour. Sada n’est pas vraiment jalouse, mais se montre extrêmement possessive, au point d’avoir envie de garder en permanence avec elle une partie de l’anatomie de son amant. Initialement dominant au sein de leur couple, ce dernier se plie à toutes les fantaisies sexuelles de sa partenaire, jusqu’à mettre sa vie en danger… Le film est très directement inspiré d’une histoire vraie qui a défrayé la chronique au Japon. Il a lui-même suscité un scandale lors de sa sortie, d’une part par son thème assez sulfureux, d’autre part parce qu’il représentait, pour la première fois dans un film non ouvertement pornographique, des actes sexuels non simulés, de manière très crue. Les choses ayant bien évolué dans ce domaine depuis 1976, on n’a plus trop de raisons de s’offusquer des scènes de sexe, mais on reste toujours interloqué par une histoire d’amour extraordinaire qui finit par sombrer dans la folie.

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« Dunkerque »

11 août 2017

Le dernier film de Christopher Nolan évoque l’évacuation de la poche de Dunkerque dans laquelle plusieurs centaines de milliers de soldats britanniques ont failli être capturés par l’armée allemande au début de la Deuxième Guerre mondiale. Ce film confronte de simples pêcheurs et des soldats de base au chaos de l’histoire : alors que les premiers s’engagent courageusement dans le sauvetage du corps expéditionnaire britannique, une partie des soldats semble complètement désarçonnée. On suit pendant une grande partie du film les efforts désespérés d’une poignée de soldats préoccupés de sauver leur vie plutôt que de faire la guerre. Le film  se clôt très patriotiquement par l’exaltation du sacrifice d’un soldat et d’un civil, mais il explique aussi que, face à des circonstances extraordinaires, tout le monde ne peut pas se comporter en héros.

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« Babylon Babies » de Maurice G. Dantec

7 août 2017

Maurice G. Dantec est un auteur de polar et de science-fiction français né en 1959 et mort en 2016 au Québec où il s’était installé depuis les années 1990. Son roman Babylon Babies (1998) se déroule en grande partie à Montréal, au début des années 2000 (c’est-à-dire dans un futur très proche du point de vue de l’auteur). On y suit des tribus amérindiennes, des mafieux américano-russes et des espions sibériens, des bikers et des hackers, des trafiquants de drogue et d’armes, des gurus, des sectes millénaristes, des entreprises de biotechnologies qui s’allient et s’affrontent successivement pour s’assurer le contrôle de Marie Zorn, une mystérieuse Canadienne un peu paumée qui serait à son insu porteuse d’un incroyable secret, vital pour l’avenir de l’humanité. Très influencé par le style passablement obscur de Philippe K. Dick, manifestement rédigé sous l’influence de certaines des drogues évoquées dans le livre, Babylon Babies est souvent difficile à suivre : les 200 premières pages sont littéralement (et probablement en partie délibérément) incompréhensibles tant les péripéties s’enchaînent à un rythme effréné, empêchant même le lecteur de reconnaître les personnages principaux. Les choses s’éclaircissent (un peu seulement) dans la deuxième partie du livre. Il s’avère alors que  Maurice G. Dantec a bien cerné, dès 1998, l’importance du transhumanisme et du post-humanisme fondé sur l’idée que l’éternité est à portée de l’humanité, pour peu qu’on utilise les nouvelles technologies afin de remplacer nos organes défaillants ou pour entrer en symbiose avec les machines informatiques. Notons que le livre a fait l’objet d’une adaptation au cinéma par Matthieu Kassovitz, jugée peu convaincante par la critique comme par le public.

Dantec

Birdman/Spiderman

7 août 2017

Pas facile d’être un apprenti super-héros quand on est en même temps confronté aux tourments de l’adolescence comme le montre le dernier Spiderman : homecoming. Le personnage de Peter Parker s’y montre fasciné par le monde extraordinaire des « Avengers » tout en restant ancré dans sa vie banale de gentil lycéen de banlieue bourgeoise. Dans ce film, le personnage incarné par Michael Keaton a lui aussi une double vie : dans le seul but de préserver sa famille des difficultés financières, il s’est tourné vers le crime, se transformant en gigantesque rapace métallique grâce à des technologies mutantes. Cela renvoie très probablement à un autre rôle récent de M. Keaton, dans le film Birdman (2014) d’Alejandro Inarritu, film qui figure dans la filmographie du thème de l’extraordinaire selon le Bulletin officiel. Dans ce film, M. Keaton incarne un acteur en bout de course qui s’efforce de monter au théâtre une pièce sans grand intérêt alors qu’il est surtout connu pour avoir incarné au cinéma Birdman, un super-héros un peu démodé (Keaton avait lui-même interprété Batman à deux reprises au début des années 1990 avant que sa carrière connaisse un grand trou d’air). Or, dans Birdman, l’acteur has been que joue Keaton se retrouve effectivement doté des super-pouvoirs du personnage qu’il a autrefois incarné (en tous cas il le croit), ce qui lui permet de voler, mais aussi de devenir un meilleur acteur, un meilleur père, etc., tout en comprenant bien que sa transformation en Birdman risque de très mal finir… Les deux films peuvent être intéressants aussi bien pour l’extraordinaire que pour le thème du corps.

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« Un singe en hiver »

6 août 2017

Dans Un Singe en hiver (1962), les personnages sont face à un dilemme assez proche de celui d’Achille (cf. ci-dessous). Réalisé par Henri Verneuil sur des dialogues de Michel Audiard, le film confronte deux personnages incarnés par Jean-Paul Belmondo et Jean Gabin. Albert Quentin (Gabin) est un ancien combattant de la marine coloniale, nostalgique de ses formidables aventures sur le Yang-Tsé-Kiang et qui tient désormais un petit hôtel dans une très paisible ville balnéaire de Normandie ; sa femme lui a rigoureusement interdit de boire car l’ivresse lui donne des envies de voyages et finit donc par le rendre triste… Un jour, Quentin rencontre Gabriel Fouquet (Belmondo), un jeune homme fougueux en qui il se reconnaît : Fouquet est quant à lui fasciné non par la Chine, mais par l’Espagne et la tauromachie, notamment quand il a beaucoup bu. Car les deux personnages finissent par se livrer à leur penchant pour l’alcool, et repartent, tous les deux, sur les fleuves chinois et au cœur de l’arène, au moins en pensée. Le film nous explique que les plus beaux voyages sont souvent ceux qu’on fait en rêve, mais il laisse aussi entendre que, sans le renfort de l’alcool, il est impossible de sortir la désespérante routine quotidienne… Ci-dessous, la bande-annonce du film et la scène où Gabin explique à sa femme qu’il l’adore mais qu’elle le bride dans ses rêves d’exotisme :

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